11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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À Bamako, le journaliste Abdrahamane Keïta fait face à la justice pour ses écrits sur Kidal

À Bamako, les autorités de transition franchissent un nouveau palier dans la restriction de la liberté d’expression. Le journaliste Abdrahamane Keïta est désormais poursuivi devant le Pôle judiciaire spécialisé de lutte contre la cybercriminalité. Son tort est d’avoir partagé un diagnostic lucide concernant la détérioration de la situation sécuritaire à Kidal et les difficultés rencontrées par les forces armées.

Au lieu d’apporter des éclaircissements face aux inquiétudes légitimes de la population sur l’instabilité dans le Nord, le pouvoir préfère mobiliser l’appareil judiciaire contre les observateurs indépendants. En s’appuyant sur les lois relatives à la cybercriminalité, les autorités cherchent à imposer un silence généralisé et à étouffer toute analyse contradictoire de leur politique sécuritaire.

Une stratégie globale de réduction au silence dans la région

Les poursuites contre Abdrahamane Keïta s’inscrivent dans une dynamique plus large visant à neutraliser les voix dissonantes :

  • Au Mali, le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, connu sous le nom de Ras Bath, reste emprisonné pour ses opinions. De même, l’universitaire Étienne Fakaba Sissoko a été condamné à une peine de prison ferme après la publication d’un ouvrage remettant en cause la communication officielle. L’activiste Rokia Doumbia subit également une incarcération pour avoir alerté sur la cherté de la vie, tandis que des personnalités comme Clément Dembélé ont fait l’objet d’arrestations arbitraires et de disparitions temporaires.
  • Dans les pays voisins du Sahel, des méthodes similaires sont déployées. Au Burkina Faso, des journalistes et analystes à l’instar de Serge Oulon, Alain Traoré ou Kalifara Séré ont été enlevés ou réquisitionnés de force pour être envoyés sur le front après avoir émis des doutes sur la gestion du conflit. Au Niger, des professionnels des médias comme Moussa Kaka continuent de subir des pressions et des interpellations récurrentes.

La libre information traitée comme une menace étatique

Cette hostilité envers les professionnels de l’information met en lumière une méthode désormais systématique : assimiler toute analyse indépendante de la propagande officielle à une tentative de démoralisation des troupes ou à une atteinte à la sûreté de l’État. Face au recul de la sécurité sur le terrain, les autorités de transition s’enferment dans un refus catégorique de la critique, empêchant de fait le travail d’investigation.

Un paysage médiatique sous haute tension

Ce dossier s’ajoute à un climat d’intimidation conçu pour vider l’espace public de tout débat contradictoire. Convocations régulières, interpellations et suspensions de médias rythment le quotidien de ceux qui refusent de se limiter à un rôle de relais officiel. En ciblant un journaliste pour avoir documenté la réalité des faits à Kidal, le pouvoir manifeste sa fébrilité et sa volonté de maintenir le pays sous un contrôle informationnel strict.