11 septembre 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

À l’Assemblée nationale, Ahmadou Alhaminou Lo dévoile sa feuille de route pour un Sénégal sobre et efficace

Ce mardi 8 septembre 2026, l’hémicycle a vibré au rythme de la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo. Convoqués en session extraordinaire, les députés ont écouté pendant plusieurs heures le chef du gouvernement, qui s’exprimait en vertu de l’article 55 de la Constitution. Nommé le 25 mai dernier par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et à la tête d’un gouvernement formé le 1er juin, il a choisi de s’inscrire dans la lignée de son prédécesseur, Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale.

D’emblée, Ahmadou Alhaminou Lo a affiché sa volonté de continuité : « Rien ne change donc, le Cap sera maintenu », a-t-il lancé. Il a réaffirmé les sept ruptures déjà énoncées lors de la précédente DPG et fait du Référentiel « Sénégal 2050 » sa boussole absolue. Toutefois, la méthode sera revue en profondeur, autour de six principes : prioriser, financer autrement, exécuter, mesurer, dialoguer et rendre compte.

Une situation économique sous tension

Le Premier ministre n’a pas éludé les difficultés. Dressant un état des lieux sans concession des finances publiques, il a révélé que la dette du secteur public consolidée atteignait environ 132 % du PIB fin 2024, soit plus de 23 500 milliards de francs CFA, avec un déficit réévalué à 13,7 % du PIB. En 2025, la croissance hors hydrocarbures a plafonné à 2,2 %, et le déficit budgétaire à 6,4 %. Cette situation a été aggravée, selon lui, par le déclenchement en février 2026 d’un conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël, entraînant cinq dégradations successives de la notation souveraine par Moody’s et Standard & Poor’s.

Pour redresser la barre, le chef du gouvernement a annoncé qu’un accord technique avait été conclu le 1er septembre 2026 avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau programme axé sur l’investissement et la transparence. Il a tenu à préciser qu’aucune conditionnalité n’irait au-delà des engagements du programme présidentiel « Diomaye Président ». Parallèlement, un Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS), présenté le 1er septembre et « quasi finalisé », vise à allonger les maturités et à réduire le coût moyen de la dette, avec le soutien du FMI, de la Banque mondiale et des créanciers officiels. L’apurement des arriérés de paiement au secteur privé, évalués à 1 956 milliards de FCFA à fin mars 2025, est également une priorité immédiate.

Des mesures sociales fortes et des projets structurants

Le Premier ministre a également dévoilé une réforme des subventions à l’énergie. L’objectif : ramener leur coût à moins de 1 % du PIB d’ici 2029, en les recentrant sur les ménages les plus vulnérables, tout en visant une baisse de 30 % du prix du kilowattheure à l’horizon 2030. Côté protection sociale, il a fixé un objectif de couverture d’un million de ménages pauvres et vulnérables par un filet social dès 2027, avec une enveloppe budgétaire doublée à 140 milliards de FCFA. Dans le logement, l’ambition est de livrer au moins 30 000 unités par an, face à un déficit estimé à 500 000 logements.

Sur le plan des réformes sensibles, Ahmadou Alhaminou Lo a évoqué les enquêtes en cours sur les événements de février 2021 à février 2024, la revue des contrats miniers et pétroliers, les audits fonciers sur le littoral et le domaine de l’État, ainsi que le dossier de Yakaar-Teranga, ce gisement gazier dont le contrat expire en juillet 2026, avec 55 millions de dollars d’indemnités attendues par l’État. Il a également rappelé la fin, depuis juillet 2025, de toute présence militaire étrangère sur le sol sénégalais.

Le discours s’est poursuivi avec la présentation d’une série de projets dits « catalytiques » : développement gazier de Yakaar-Teranga, réseau gazier national, modernisation du raffinage (SAR 2), hub minier de Kédougou, Grand Transfert d’eau, nouvelle ligne ferroviaire Dakar-Tambacounda-Kidira, quatre nouveaux hôpitaux régionaux, et le Dakar Millenium Center, un projet urbain de 500 milliards de FCFA à Ouakam.

En conclusion, Ahmadou Alhaminou Lo a placé la stabilité institutionnelle, macroéconomique et sociale au cœur de son action, la qualifiant d' »aiguille de la boussole ». Il a appelé les Sénégalais à un effort partagé, fondé sur le civisme fiscal, la consommation locale et le volontariat. « Ce Gouvernement ne demande pas à être jugé sur ses intentions, mais sur son efficacité et sur ses résultats », a-t-il affirmé, promettant des revues trimestrielles d’exécution qu’il présidera lui-même.