Auguste Miremont, figure historique de la politique ivoirienne et ancien ministre de la Communication (1989-1993), a marqué plusieurs décennies de l’histoire de la Côte d’Ivoire. À 85 ans, cet homme d’État et journaliste, premier directeur général de Fraternité Matin, partage aujourd’hui son regard sur les grands tournants du pays à travers un livre intitulé « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… ». Une œuvre qui retrace son parcours tout en offrant une analyse fine des défis et des succès de la nation.
Un témoignage pour les générations futures
L’idée de ce livre a-t-elle été immédiate ?
Non, j’ai longtemps résisté à ce projet. Michel Koffi, l’auteur, a dû insister pendant des mois pour que j’accepte. Après des décennies passées au service de l’État et des médias, j’ai toujours privilégié la discrétion. Pourtant, mes proches, du corps préfectoral à mon village, m’ont rappelé l’importance de transmettre mon expérience. Ils étaient convaincus que mon parcours pouvait éclairer l’avenir de la Côte d’Ivoire.
Finalement, j’ai compris que ce n’était pas un exercice d’ego, mais une mission de transmission. Le titre du livre lui-même le souligne : il s’agit de relater une aventure collective, pas seulement personnelle.
Des entretiens riches et exigeants
Trente heures de discussions, dix-huit mois de travail : quel bilan tirez-vous de cette collaboration ?
Pour Michel Koffi, ce fut un chantier colossal, mais pour moi, ces échanges ont été une véritable bouffée d’oxygène. Nous avons abordé des sujets variés, parfois techniques, toujours passionnants. Je me suis replongé dans mes réflexes de journaliste en relisant ses retranscriptions, corrigeant ici et reformulant là. À un moment, il a dû éviter de me montrer ses notes pour que nous avancions (rires).
La Côte d’Ivoire sous Houphouët-Boigny : un modèle de stabilité
Comment analysez-vous le parcours politique de la Côte d’Ivoire depuis Houphouët-Boigny jusqu’à aujourd’hui ?
La Côte d’Ivoire n’a jamais connu une trajectoire linéaire. Sous Houphouët-Boigny, malgré des crises (mutineries, tensions sociales), le pays a bénéficié d’une stabilité remarquable grâce à son intelligence politique. Il savait écouter, temporiser et agir avec justesse. Après son départ, les défis se sont complexifiés : la succession entre Bédié et Ouattara, les coups d’État, et les crises politiques qui ont suivi.
Les années 1999 à 2011 furent particulièrement douloureuses. Le coup d’État contre Bédié m’a profondément marqué. J’étais alors président d’un groupe parlementaire majoritaire, et voir le pays basculer de cette manière m’a brisé le cœur. Les violences qui ont suivi, de Guéï à Gbagbo, ont achevé mon espoir en l’image d’une Côte d’Ivoire unie et respectée. Nous étions perçus comme un modèle, accueillant ceux qui fuyaient les crises voisines. Puis, nous sommes devenus un sujet d’inquiétude, voire de moquerie. Pour quelqu’un qui a construit le pays aux côtés d’Houphouët, c’était insupportable.
Une relation unique avec le « Vieux »
Quels étaient vos rapports avec Houphouët-Boigny ?
Je n’étais pas dans son intimité, mais j’étais son ministre de la Communication et le responsable de son journal. Nous nous voyions quotidiennement. Il avait un profond respect pour moi, car je n’ai jamais été un courtisan. Je disais toujours ce que je pensais, même si cela lui déplaisait. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il m’appelait « De Miremont » (rires). Il avait un sens aigu de l’histoire et savait reconnaître ceux qui servaient la Côte d’Ivoire avec intégrité.
Avez-vous subi des discriminations en raison de vos origines ?
Non, jamais. Houphouët-Boigny traitait tout le monde avec la même fermeté, mais aussi avec la même bienveillance. Il avait une vision globale de la nation, où chaque citoyen, quelle que soit son origine, avait sa place.
Bédié, Guéï, Gbagbo et Ouattara : des héritages contrastés
Parmi ces dirigeants, lequel incarne le mieux l’héritage d’Houphouët-Boigny ?
Chacun a son style, mais Alassane Ouattara est celui qui a le plus intégré la philosophie d’Houphouët : la patience, l’écoute, et cette capacité à réagir au bon moment. Je lui reproche cependant d’avoir perdu en fermeté avec l’âge. Quand il était Premier ministre, il ne tolérait aucune erreur de ses collaborateurs. Aujourd’hui, il est plus clément, mais cette souplesse peut parfois nuire à l’autorité nécessaire pour diriger.
Un Premier ministre audacieux et un Président visionnaire
Qu’avez-vous retenu de votre collaboration avec Ouattara, alors Premier ministre ?
J’ai toujours eu des rapports de confiance et de loyauté avec lui. Son courage face aux défis économiques de l’époque était impressionnant. Il a pris des décisions impopulaires mais salvatrices pour le pays. Ce qui m’a aussi marqué, c’est sa courtoisie. Il ne laissait jamais un collaborateur sans réponse, même après un délai. Et il avait un cœur immense, toujours attentif aux problèmes personnels de ceux qui l’entouraient.
Que pensez-vous de son action en tant que Président ?
Il est encore en pleine forme et son mandat est loin d’être terminé. Ses réalisations, notamment dans les infrastructures (hôpitaux, universités, routes), sont remarquables. À Daloa, par exemple, un boulevard digne des Champs-Élysées a été construit. Ces avancées montrent une dynamique réelle. Bien sûr, tout n’est pas parfait : le coût de la vie reste élevé, et la pauvreté persiste dans certaines couches de la population. Mais le gouvernement a mis en place des programmes sociaux (filets sociaux, écoles de la deuxième chance) pour atténuer ces inégalités. C’est une volonté de corriger les déséquilibres qui mérite d’être saluée.
L’avenir de la Côte d’Ivoire : entre défis et espoirs
Comment envisagez-vous la transition après Ouattara ?
Parlons plutôt de la suite de son mandat. Il a encore beaucoup à offrir, et la Côte d’Ivoire a besoin de stabilité. Son ambition reste claire : construire une nation unie, prospère et solidaire. Les infrastructures réalisées ces dernières années en sont la preuve. Par exemple, entre Bin-Houyé et Toulépleu, il ne reste que quelques kilomètres de bitume à poser. Ces projets montrent que le pays avance.
Bien sûr, des défis subsistent. La vie chère et les inégalités sociales sont des réalités. Mais le gouvernement a pris des mesures pour y répondre, comme les formations professionnelles ou les bourses d’apprentissage dans ma région. Ces initiatives doivent s’étendre à tout le territoire.
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