17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : la répression s’abat sur la société civile

Un gouvernement militaire en quête de contrôle total

Au Burkina Faso, le régime militaire en place depuis 2022 durcit sa politique répressive envers la société civile. Entre dissolutions massives d’organisations et restrictions administratives, les autorités étouffent méthodiquement les voix indépendantes et les acteurs humanitaires. Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénoncent une stratégie systématique visant à museler toute dissidence.

Dissolution abusive de 118 organisations en 2026

Le 15 avril 2026, le ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité a annoncé la dissolution de 118 associations et groupes de la société civile, dont certains œuvraient pour les droits humains. Cette décision s’appuie sur une loi de juillet 2025 relative à la liberté d’association, mais sans justification claire. Seule une mention vague de non-respect de la loi a été évoquée, laissant planer le doute sur des motivations politiques.

Parmi les structures concernées figurent des organisations actives comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF), pourtant conformes aux exigences légales. La loi accorde pourtant un délai d’un an pour se mettre en règle, un délai non encore expiré. Une incohérence juridique que soulignent les observateurs internationaux.

Une répression enracinée depuis le coup d’État

Depuis la prise de pouvoir par les militaires en septembre 2022, la répression s’est intensifiée. Les cibles ? Les ONG locales et internationales, les médias indépendants, les défenseurs des droits humains et toute opposition pacifique. Les autorités ont multiplié les suspensions, interdictions et expulsions, souvent sous des prétextes administratifs flous ou en représailles à des critiques formulées à l’encontre du gouvernement.

Les rapports d’organisations comme Human Rights Watch et la FIDH révèlent une stratégie méthodique : détentions arbitraires, disparitions forcées et enrôlements illégaux dans l’armée de militants, journalistes et travailleurs humanitaires. Ces mesures s’inscrivent dans un contexte de crise sécuritaire persistante, marquée par la présence de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Une législation liberticide au service d’un pouvoir autoritaire

La loi de juillet 2025, présentée comme un outil de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a en réalité servi à étendre le contrôle de l’État sur la société civile. Elle impose des contraintes lourdes aux organisations, notamment étrangères, qui doivent désormais nommer des dirigeants locaux à des postes clés, les exposant à des risques accrus.

En septembre 2025, une disposition du Code de la famille a encore renforcé cette logique répressive : elle autorise les autorités à révoquer la nationalité burkinabè de toute personne jugée menacer les intérêts de l’État, créant un risque d’apatridie pour les défenseurs des droits humains.

Des barrières administratives pour étouffer toute velléité de recherche

Pour mener à bien leurs missions, les organisations humanitaires doivent désormais obtenir un visa statistique, une procédure coûteuse et chronophage. Cette mesure, selon un travailleur humanitaire interrogé, « entrave la collecte et l’analyse indépendante des données dans un contexte déjà très fermé ».

Entre juin et juillet 2025, près de 20 ONG internationales, dont Comunità di Sant’Egidio et Diakonia, ont vu leurs licences suspendues ou révoquées pour des motifs aussi flous que contestables.

Des atteintes graves aux droits humains

Les autorités militaires n’ont pas hésité à recourir à des mesures exceptionnelles pour museler la dissidence. Le décret de mobilisation générale d’avril 2023, initialement conçu pour lutter contre l’insurrection islamiste, est détourné pour réprimer l’opposition politique et les médias. Des journalistes, militants et personnels judiciaires ont été enrôlés de force ou arrêtés arbitrairement.

Parmi les cas emblématiques :

  • L’expulsion en août 2025 de la représentante de l’ONU, Carol Flore-Smereczniak, déclarée persona non grata après la publication d’un rapport sur les violations des droits des enfants.
  • L’arrestation et la détention en 2025 de huit membres de l’International Group Safety Organization (INSO), accusés d’espionnage avant d’être finalement libérés en décembre.
  • Ces agissements violent le droit international, qui protège les libertés d’expression et d’association. Les restrictions imposées par le Burkina Faso ne respectent ni la nécessité, ni la proportionnalité, ni la non-discrimination.

    Un appel unanime à la cessation des violations

    Les organisations de défense des droits humains exhortent le gouvernement burkinabè à mettre fin à cette répression. Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, rappelle que « une société civile forte et indépendante est un rempart contre l’arbitraire et donne une voix aux populations marginalisées ».

    Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal, dénonce quant à elle un « climat de peur qui paralyse l’activité civique indépendante ». Les autorités sont appelées à respecter les droits et libertés fondamentaux, garants d’une société démocratique et pluraliste.