28 mai 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : l’arrestation de l’imam Mohamad Ishaq Kindo secoue Ouagadougou

Crédit photo, Capture écran YouTube

L’actualité au Faso est marquée par une interpellation qui suscite de vives réactions. Mohamad Ishaq Kindo, un imam sunnite très respecté et prédicateur influent, a été arrêté le mardi 26 mai à Ouagadougou. Des policiers l’ont emmené vers une destination qui reste inconnue. Cette arrestation survient seulement deux jours après que l’imam a ouvertement critiqué le projet de loi sur les libertés religieuses, un texte adopté le 19 mars dernier, d’après des sources proches de l’imam et d’une organisation musulmane à laquelle il est affilié.

La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a rapidement réagi. Dans un communiqué publié quelques heures après les faits, elle a confirmé l’arrestation de l’imam Kindo, également président des Oulémas sunnites du pays, ce mardi après-midi. Le communiqué précise que les motifs de cette interpellation n’ont pas encore été divulgués officiellement par les autorités.

La FAIB a également fait savoir qu’elle a déjà « entrepris les démarches nécessaires auprès des autorités compétentes afin d’obtenir des informations précises et une suite favorable » concernant la situation de l’imam.

Intervention musclée

Un témoin, proche de l’imam, a décrit une scène tendue. L’interpellation a eu lieu vers 14h00 (GMT et locales), juste avant la célébration de l’Aïd. Elle a été menée par « des éléments de sécurité, dont des policiers et des militaires encagoulés ».

« C’était violent car les fidèles qui étaient autour de lui se sont opposés, ce qui a provoqué une tension », a ajouté ce proche, soulignant l’intensité du moment.

Un autre témoin a également rapporté « des blessés parmi les fidèles musulmans lors de l’arrestation », témoignant de la brutalité de l’intervention.

Il est important de rappeler que, deux jours avant son arrestation, un enregistrement audio d’un enseignement de l’imam Kindo avait circulé massivement sur les réseaux sociaux au Burkina Faso. Dans cet enregistrement, l’imam dénonçait l’adoption du projet de loi en mars, qui vise à réguler l’exercice des libertés religieuses. Il avait alors exhorté les autorités à « se questionner davantage sur la portée de leurs actes avant d’agir ».

« Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu », avait-il déclaré avec ferveur.

Vives tensions

Cette interpellation a provoqué une onde de choc au sein de la communauté musulmane. Quelques heures après les faits, des centaines de personnes sont descendues dans les rues d’Ouagadougou pour manifester, exigeant la libération immédiate de leur guide religieux, selon des témoignages d’habitants.

Un manifestant a rapporté que la foule a été dispersée à l’aide de gaz lacrymogène. Face à cette situation, la FAIB a appelé « l’ensemble des fidèles musulmans au calme, à la retenue et à la sérénité », tentant d’apaiser les esprits.

Silence officiel

Crédit photo, Reuters

Au lendemain des événements, coïncidant avec l’Aïd el-Kébir, communément appelée Tabaski, un calme apparent est revenu au sein de la communauté, qui suit néanmoins avec une grande attention l’évolution du dossier de l’imam. Le président du Burkina Faso, après avoir participé à la prière de la Tabaski, a utilisé les réseaux sociaux pour s’exprimer.

Rendant hommage aux forces de sécurité engagées dans la lutte contre le djihadisme, le Chef de l’État a également lancé un avertissement ferme aux « ennemis de la Nation ». Il a mis en garde contre toute tentative d’attaque, de découragement des forces combattantes, ou toute forme de perturbation de la marche du pays.

Quiconque adopterait une telle posture devra « assumer l’entière responsabilité et toutes les conséquences qui en découleront », a-t-il martelé. Jusqu’à présent, aucune déclaration officielle n’a été faite concernant spécifiquement l’imam Kindo.

Encadrement des pratiques religieuses

Le projet de loi sur les libertés religieuses au Burkina Faso, qui semble être à l’origine de l’arrestation de l’influent imam, a été adopté en conseil des ministres le 19 mars dernier. Ce texte vise à encadrer la liberté d’exercice des pratiques religieuses afin de prévenir certaines dérives observées, notamment sur les réseaux sociaux, tout en garantissant la liberté de religion.

Ce document a suscité des interprétations diverses. Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles du Burkina, a tenté de rassurer les citoyens lors d’une interview avec la RTB. Elle a expliqué que le texte n’est pas fondamentalement nouveau, mais qu’il a été réactualisé « face au radicalisme et à l’extrémisme violent ».

Elle a également mentionné la nécessité de contrer « les discours de haine et discourtois en ligne ». Les autorités espèrent que ce projet de loi permettra de régulariser la situation et de mettre fin à ces dérives, renforçant ainsi la cohésion nationale.

Au Burkina Faso, comme dans de nombreux pays africains, l’État se positionne comme laïc, assurant l’égalité entre toutes les confessions religieuses. Le projet de loi en question interdit l’édification de lieux de culte au sein des services publics, à l’exception des établissements de santé, des institutions pénitentiaires, des casernes et des camps militaires. Face à l’impossibilité d’établir des lieux de culte pour toutes les confessions dans l’administration, l’État a opté pour une interdiction générale.

Cependant, les autorités ont tenu à clarifier un point important : il n’est pas interdit de prier dans l’espace public, à condition de respecter les croyances d’autrui. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, le régime militaire qui dirige le Burkina Faso depuis près de quatre ans, plusieurs disparitions de voix critiques ont été signalées. Les autorités justifient leur politique répressive par la guerre qu’elles mènent depuis plus d’une décennie contre les groupes djihadistes, actifs dans une grande partie du pays.