11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : les journalistes soumis à une formation militaire sous les critiques

Une soixantaine de professionnels des médias burkinabè ont récemment participé à un stage de six jours au sein de l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. Organisé par le ministère de la Sécurité, cet exercice, présenté comme une « immersion patriotique », marque une première dans l’histoire de la presse du pays. Les journalistes, issus de médias publics et privés, ont revêtu l’uniforme militaire et manipulé des armes, sous le regard des autorités.

Le porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a interpellé les participants lors d’un discours martial : « Serez-vous des journalistes à la fois professionnels et patriotes ? ». La réponse unanime des journalistes, debout au garde-à-vous, a fusé : « Affirmatif ». Le ministre a ensuite martelé : « Un journaliste professionnel sans engagement patriotique devient une menace pour sa nation. À l’inverse, un professionnel patriote mais passif équivaut à un simple spectateur dans une période où se forge l’avenir de son pays. »

Pour le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, cette initiative vise à « ancrer chez les journalistes une compréhension concrète des enjeux opérationnels et des valeurs portées par les forces de défense et de sécurité ». Une approche justifiée par le contexte sécuritaire du Burkina Faso, en proie depuis plus de dix ans à des attaques djihadistes menées par des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Cette mesure gouvernementale a rapidement suscité une vive polémique au sein des instances de défense de la liberté de la presse. Les observateurs s’alarment d’une dérive autoritaire, où la presse serait instrumentalisée au service d’une stratégie militaire. « Cette initiative envoie un signal alarmant quant au respect des libertés fondamentales », a réagi un responsable d’une organisation internationale. Les critiques pointent notamment le risque de voir les journalistes réduits à un rôle de relais de la propagande nationale, loin de leur mission initiale d’informer avec neutralité.

L’obligation de cette formation s’inscrit dans une dynamique plus large orchestrée par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2022. Son gouvernement affiche une volonté affichée de restaurer la souveraineté nationale, tout en adoptant une posture résolument anti-occidentale. Une mesure similaire avait déjà été imposée l’année précédente aux élèves du secondaire en vue de leurs examens, renforçant l’idée d’une militarisation progressive de la société.

Cette pression accrue sur les médias s’ajoute à un climat déjà tendu. Plusieurs organes de presse ont été suspendus par les autorités de transition, tandis que des défenseurs des droits humains dénoncent l’enrôlement forcé de journalistes critiques envers la junte. Certains, comme Serge Oulon, restent détenus depuis leur enlèvement à Ouagadougou il y a deux ans, symbole d’une répression qui s’étend au-delà des colonnes de papier.