11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : les médias face au dilemme de l’« immersion patriotique » militaire

Plus de quarante professionnels des médias, issus tant des structures publiques que privées du Burkina Faso, viennent de participer à une formation militaire intensive. Qualifiée d’« immersion patriotique » par la junte au pouvoir, cette initiative est désormais prévue annuellement, marquant une nouvelle étape dans l’engagement civique du pays.

Dans un contexte national marqué par une guerre sans merci contre les groupes djihadistes, une mesure similaire avait déjà été imposée l’année précédente aux bacheliers. Cependant, l’extension de cette obligation aux journalistes suscite une vive inquiétude parmi les défenseurs de la liberté de la presse. Ces préoccupations sont d’autant plus fortes que des journalistes burkinabè ont déjà été contraints de rejoindre les rangs des combattants, et que la presse nationale fait face à une pression gouvernementale intense. Le cas de Serge Oulon, toujours détenu deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, en est une illustration poignante.

Une formation d’une semaine à l’Académie de police

Organisée sous l’égide du ministère de la Sécurité, cette formation s’est déroulée sur une semaine à l’Académie de police de Pabré, à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Ouagadougou. Des images diffusées par la télévision nationale ont montré le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, s’adressant aux journalistes en treillis, fusil en main.

Interrogeant les participants : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? », il a reçu une réponse unanime et martiale : « Affirmatif ! » Le ministre a ensuite souligné l’importance de cette double casquette : « Un journaliste professionnel et pas patriote est une menace. Un journaliste professionnel et patriote, mais pas engagé, est comme un spectateur passif dans un contexte où s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de son pays. » Ce discours s’inscrit dans une vision de l’actualité africaine souveraine, où l’engagement citoyen est perçu comme essentiel à la survie de la nation.

Imprégner les journalistes des réalités opérationnelles

Pour Lassina Traoré, directeur général de l’Académie de police, cette formation vise à « imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ». L’objectif est clair : familiariser les professionnels de l’information avec le terrain et la philosophie des forces armées.

Néanmoins, cette « immersion patriotique », selon la terminologie officielle, continue d’alarmer les organisations de défense de la liberté de la presse. Sadibou Marong, représentant de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), a exprimé de vives réserves : « Les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme militaire et armes à la main. » Cette déclaration souligne la tension entre la volonté gouvernementale d’unifier le pays face à la menace sécuritaire et les principes fondamentaux de l’indépendance de la presse.