Un scandale financier sans précédent ébranle le Cameroun
Le Cameroun est au cœur d’un scandale financier d’une ampleur inédite. Issa Tchiroma Bakary a récemment dévoilé, chiffres à l’appui, des pratiques de corruption massives qui auraient fait s’évaporer des milliers de milliards de francs CFA. Ce rapport met en lumière un système de prédation englobant le bradage des ressources naturelles – or, pétrole, bois – ainsi que des détournements de fonds publics via des marchés frauduleux, la fraude fiscale et douanière, et l’enrichissement illicite du cercle rapproché du président Paul Biya.
« Chers compatriotes, Mesdames et Messieurs, j’ai été profondément interpellé par les 2 000 milliards de francs d’or qui auraient été détournés. Cette révélation m’a poussé à exiger de mes équipes, au Cameroun et à travers le monde, une analyse minutieuse de la situation des finances publiques. Ce que nous avons découvert ne peut que susciter colère, douleur, étonnement et même révolte. Il est indéniable qu’en 43 ans, le Cameroun a basculé d’une prospérité relative vers une pauvreté et une misère absolue pour son peuple », a déclaré Issa Tchiroma Bakary.
Les ressources du sous-sol et les forêts, une manne détournée
Le premier volet de cette prédation concerne directement les richesses du sous-sol, notamment le pétrole. Pendant quatre décennies, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) aurait généré des recettes pétrolières échappant à tout contrôle budgétaire et parlementaire, dans une opacité totale. Des institutions comme le FMI, la Banque Mondiale et l’ITIE ont régulièrement signalé des flux financiers considérables quittant le pays sans jamais être inscrits dans les comptes officiels. Le pétrole aurait été bradé à des entités comme Glencore pour moins de 30% de sa valeur réelle, tandis que des cargaisons entières auraient disparu et des revenus de la SNH n’auraient pas été comptabilisés, totalisant ainsi plusieurs milliers de milliards de FCFA. Les forêts camerounaises ont subi un sort similaire, avec environ 80% du bois vendu illégalement. Le territoire camerounais aurait été pillé à ciel ouvert, souvent avec la complicité de l’État. Au total, entre l’or, le pétrole et le bois, plus de 10 000 milliards de francs CFA se seraient envolés.
Détournements de marchés et fonctionnaires fantômes
Le deuxième volet met en lumière des détournements directs liés à des marchés frauduleux. Les lignes budgétaires 65 et 94, couvrant la période de 2012 à 2021, auraient été purement et simplement effacées. Ces deux lignes représentent à elles seules 5 400 milliards de dépenses sans aucune justification. Le Tribunal Criminel Spécial (TCS), mis en place par le président Biya lui-même, a déjà jugé et condamné ses propres collaborateurs pour près de 9 000 milliards de détournements entre 1997 et 2021. À cela s’ajoutent les agents fictifs : selon le Ministère des Finances (Minfi) et le Trésor public, plus de 20 000 fonctionnaires fantômes auraient perçu des salaires pendant des années, causant un préjudice annuel avoisinant les 200 milliards de francs CFA. Les grands scandales publics, comme l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021 et les vaccins contre la COVID-19, ont également été marqués par des surfacturations massives documentées, dépassant les 500 milliards de francs CFA.
Fraude fiscale et douanière systémique
Le troisième aspect de cette prédation concerne la fraude fiscale et douanière institutionnalisée. L’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF) et la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) ont toutes deux établi l’existence de mécanismes systémiques de fraude. Leurs chiffres officiels sont édifiants : 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects pour la seule année 2023 ; 1 246 milliards de francs CFA de fraude douanière documentée sur six ans ; et 1 745 milliards de francs CFA de fraude liée au scanning au port de Douala, imputée à la société SGS. Ces données éclairent le conflit affligeant observé au port de Douala depuis 2026 entre SGS et Transatlantic, où deux factions du régime se disputeraient le contrôle d’une même fraude institutionnalisée, minant l’actualité africaine souveraine du pays.
L’enrichissement personnel du « clan Biya »
Enfin, le quatrième volet aborde l’enrichissement personnel du « clan Biya ». Il est avéré que cette sphère d’influence aurait détourné de manière industrielle la fortune publique pour acquérir des biens personnels au Cameroun, en France et au Moyen-Orient. Les Pendras Pays Bas auraient identifié 744 millions d’euros de biens mal acquis en France. À cela s’ajoutent le domaine de Nyom du Secrétaire Général de la Présidence de la République (SGPR), estimé à 18 milliards de francs CFA, des biens à Dubaï évalués à 44 milliards de francs CFA, et des séjours somptueux à l’Hôtel Continental de Genève, facturés 50 000 dollars la nuit pour l’ensemble de la délégation. Sans exception, Monsieur Biya, son épouse, son fils, le SGPR, le Directeur du Cabinet Civil (DCC), le Directeur Adjoint du Cabinet Civil (DCCA), le Ministre de l’Administration Territoriale (MINAT) et d’autres personnalités auraient accumulé des fortunes personnelles considérables sans jamais se conformer à l’obligation de déclaration de patrimoine, comme l’exige l’article 66 de la Constitution.
L’ampleur du pillage et ses conséquences
Le montant total de cette prédation est absolument révoltant. Une estimation prudente chiffre les pertes à 26 000 milliards de francs CFA. Ce chiffre représente une borne inférieure, car le régime aurait perfectionné l’art de la dissimulation, utilisant des prête-noms et des paradis fiscaux. Par extrapolation, des experts estiment que le montant réel pourrait atteindre 80 000 milliards de francs CFA. Pour illustrer l’ampleur de ce pillage, avec seulement 26 000 milliards de francs CFA, le Cameroun aurait pu couvrir 36 années de salaires pour l’ensemble de ses 380 000 enseignants, soignants et soldats, ou construire 2 600 hôpitaux de district, soit 260 par région.
Issa Tchiroma Bakary conclut en affirmant qu’il n’y aura « ni amnistie ni négociation secrète » pour troquer l’impunité contre une transition silencieuse. Il insiste sur le fait que tout haut fonctionnaire coupable de malversation devra répondre de ses actes devant les juridictions compétentes, tant au niveau national qu’international.
Plus d'histoires
Côte d’Ivoire : Ahoua Don Mello lance son parti souverainiste
Gouvernance de la rdc : la cour des comptes critique à nouveau les choix de Tshisekedi
Ludovic Megne Ndong nommé à la tête de l’ARTF au Gabon : quelles perspectives ?