11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Cameroun : la baisse des droits de douane sur les produits européens s’accélère d’ici 2030

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de l’Accord de partenariat économique (APE) en réduisant de 70 % les droits de douane sur les produits en provenance de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Cette décision, actée par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, cible le troisième groupe de marchandises stratégiques pour les recettes fiscales du Trésor public. La baisse s’effectuera à un rythme annuel de 10 %, jusqu’à l’élimination totale des taxes en 2030.

Les secteurs concernés incluent les véhicules utilitaires, les carburants, les ciments, les peintures et les emballages industriels. Cette mesure s’ajoute à un calendrier déjà bien engagé pour les deux premiers groupes de produits. Depuis le 4 août 2023, les biens du deuxième groupe – comme les plâtres, les clinkers, les camions, les remorques et les groupes électrogènes – entrent au Cameroun sans aucun droit de douane. Quant au premier groupe, qui regroupe notamment les produits pharmaceutiques, les engrais, les pesticides, les ordinateurs, le gaz ou encore les tracteurs, il bénéficie de cette exonération depuis le 4 août 2019.

Un impact budgétaire mesuré malgré les craintes initiales

Lors de leur lancement, les APE avaient suscité des inquiétudes quant à un potentiel déséquilibre des finances publiques camerounaises. Pourtant, les pertes de recettes douanières sur la dernière décennie se limitent à environ 103 milliards de FCFA, soit une moyenne annuelle d’un peu plus de 10 milliards. Un chiffre notable, mais largement maîtrisable au vu de la santé globale des finances de l’État.

En parallèle, les recettes douanières globales du Cameroun ont franchi un cap historique en 2023, dépassant pour la première fois le seuil symbolique de 1 000 milliards de FCFA. Cette progression, qui pourrait sembler contre-intuitive alors que les droits sur les importations européennes diminuent, s’explique par une diversification accrue des partenaires commerciaux. Le Cameroun a notamment renforcé ses échanges avec l’Asie, ce qui a permis de compenser la baisse des recettes liées à l’Europe par un élargissement de l’assiette fiscale.

La Chine, grand bénéficiaire inattendu de l’APE

L’une des surprises de cet accord réside dans le rôle de la Chine, dont l’influence commerciale n’a cessé de croître malgré les avantages tarifaires accordés à l’Europe. Depuis 2013, Pékin est à la fois le premier client et le premier fournisseur du Cameroun sur le plan bilatéral. Les chiffres du Comité de compétitivité illustrent cette tendance : entre 2016 et 2024, la part de marché chinoise dans le segment des machines et équipements est passée de 23,8 % à 52,5 %, soit une progression de 28,7 points.

Dans le même temps, la part de marché de l’Union européenne a chuté de 50,1 % à 29,3 % en 2023, avant de connaître un léger rebond à 32,3 % en 2024. Un recul de près de 20 points qui interroge sur l’efficacité des préférences tarifaires accordées aux industriels européens face à la compétitivité des exportateurs chinois.

Une concentration des avantages fiscaux entre les mains d’une minorité d’entreprises

L’analyse des bénéficiaires des APE révèle une disparité structurelle. Au 31 décembre 2023, sur les 1 021 entreprises ayant profité du tarif préférentiel, moins de 5 % d’entre elles ont capté environ 75 % des avantages fiscaux distribués. Cette inégalité se reflète également dans la taille des entreprises : les grandes structures concentrent 80 % des gains, laissant seulement 20 % aux petites et moyennes entreprises. Cette concentration s’explique en partie par la capacité inégale des acteurs à naviguer dans les procédures douanières complexes liées aux APE.

Le Comité de compétitivité souligne que « la répartition sectorielle des 50 premières entreprises utilisant le tarif préférentiel de l’APE montre une domination claire des secteurs industriel et commercial ». À quatre ans de l’exonération totale prévue pour 2030, la question pour les autorités camerounaises dépasse désormais le simple cadre douanier : il s’agit de concilier un héritage commercial européen avec la réalité d’une économie où la Chine dicte désormais le rythme. Cette recomposition des échanges alimente déjà les discussions sur une possible révision du dispositif.