23 juillet 2026

Le Reveil Noir

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Cameroun : où passent les milliards des prêts internationaux ?

Conteneurs au port de Douala, clé des échanges commerciaux camerounais.

Le Cameroun, souvent présenté comme une locomotive économique en Afrique centrale, fait face à un paradoxe criant : malgré des milliards de francs cfa injectés chaque année via des prêts internationaux, de nombreux projets peinent à voir le jour. Où s’évaporent ces fonds promis au développement ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis cinq ans, plus de 3 000 milliards de francs cfa ont été accordés au Cameroun par des institutions comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement (BAD). Pourtant, des infrastructures majeures, annoncées comme prioritaires, restent bloquées dans les tiroirs administratifs ou se transforment en gouffres financiers.

Des prêts massifs, mais des réalisations en demi-teinte

L’un des exemples les plus frappants concerne le port en eau profonde de Kribi, censé devenir un hub logistique majeur pour l’Afrique centrale. Malgré un prêt de 800 milliards de francs cfa, les travaux s’éternisent, et les coûts explosent. Les retards s’accumulent, tandis que les populations locales s’interrogent : qui profite vraiment de ces milliards ?

Autre cas emblématique, le projet de désenclavement du Nord Cameroun. Financé à hauteur de 600 milliards de francs cfa, il devait relier les régions isolées aux grands axes routiers. Pourtant, après trois ans, seulement 40 % des travaux sont achevés, et les routes promises sont encore en chantier.

Des gestionnaires de fonds sous haute surveillance

Les raisons de ces échecs répétitifs sont multiples. Une bureaucratie pesante, des lourdeurs administratives et une corruption endémique figurent en tête de liste. Les fonds transitent souvent par des intermédiaires peu scrupuleux, qui prélèvent leur commission avant même que l’argent n’atteigne les chantiers.

Les audits menés par la Cour des comptes camerounaise révèlent régulièrement des irrégularités. En 2024, un rapport pointait du doigt des détournements massifs dans la gestion des prêts liés à l’agriculture, un secteur pourtant vital pour l’économie du pays.

Une opacité qui nourrit les doutes

Le manque de transparence est un autre fléau. Les contrats signés avec les bailleurs de fonds sont rarement rendus publics. Les citoyens camerounais, premiers concernés, n’ont souvent aucun moyen de vérifier l’usage réel des fonds. Cette opacité alimente les rumeurs et les soupçons de malversations.

Pourtant, des solutions existent. Plusieurs économistes recommandent la mise en place de plateformes de suivi citoyen et l’audit indépendant des projets financés. Ces mesures pourraient permettre de rediriger les fonds vers des réalisations tangibles, au lieu de les voir disparaître dans les méandres de l’administration.

L’urgence d’une gestion plus responsable

Face à ce constat, la pression monte. Les partenaires internationaux comme la Banque mondiale commencent à exiger des garanties plus strictes avant de débloquer de nouveaux fonds. Mais le Cameroun peut-il se permettre de continuer sur cette voie ?

Avec une dette publique qui frôle les 50 % du PIB, chaque franc cfa mal utilisé aggrave la situation. Le pays a besoin de projets efficaces et transparents pour relancer sa croissance et améliorer le quotidien de ses habitants. Sans quoi, les milliards continueront de dormir… quelque part entre les dossiers administratifs et les poches des intermédiaires.