4 juin 2026

Le Reveil Noir

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Cameroun : Prometal obtient un accès direct aux barrages hydroélectriques

L’État camerounais a donné son feu vert à Prometal, acteur majeur de la transformation de l’acier au Cameroun et en Afrique centrale, pour s’approvisionner directement en électricité auprès de l’Electricity Development Corporation (EDC). Le groupe a obtenu l’autorisation de souscrire à une puissance de 90 mégawatts auprès de cette société publique spécialisée dans la gestion des infrastructures hydroélectriques. Les négociations finales se dérouleront du 8 au 12 juin 2026 au sein des services du Premier ministre, à Yaoundé, comme l’indique une note administrative datée du 1er juin 2026, signée par le secrétaire général Séraphin Magloire Fouda et destinée au ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba.

Un deuxième industriel raccordé directement aux barrages du Cameroun

Les échanges porteront sur deux aspects clés : le tarif préférentiel accordé à Prometal depuis février 2025 et la finalisation des accords contractuels. Deux documents encadreront cet arrangement : un contrat d’achat d’électricité entre EDC et le sidérurgiste, ainsi qu’un accord de compensation entre EDC et la Société camerounaise d’électricité (Socadel), née de la restructuration d’Eneo. Une fois ces textes signés, Prometal rejoindra le cercle restreint des entreprises camerounaises alimentées en direct depuis les barrages, aux côtés de la Compagnie camerounaise de l’Aluminium (Alucam).

L’exemple d’Alucam influence fortement cette décision. Considéré comme le plus gros consommateur d’électricité du pays, avec des besoins ayant atteint jusqu’à 40 % de la production nationale, ce géant de l’aluminium est directement raccordé au barrage d’Edéa. Les infrastructures comme celles d’Edéa et de Songloulou sont désormais gérées par Socadel. Quant à Prometal, elle bénéficiera des ressources des ouvrages exploités par EDC, notamment le barrage de Lom Pangar et son usine attitrée de 30 MW, ainsi que Memve’élé, dont la capacité maximale culmine à 211 MW.

Une demande énergétique en forte croissance

Cette solution directe s’inscrit dans la dynamique expansionniste de Prometal. Avec cinq sites industriels opérationnels dans la zone de Douala-Bassa — Prometal 1, 2, 3, Profab et Progaz — la consommation électrique du groupe est passée de 26 MW en 2024 à 40 MW en 2025. Les prévisions tablent sur une progression à 60 MW en 2026, puis à 90 MW en 2027, grâce à l’inauguration de Proalu, une sixième unité dédiée à la fabrication de tôles d’aluminium et de câbles électriques.

Pour un acteur de cette envergure, garantir un approvisionnement stable et maîtriser le coût du kilowattheure est un impératif de compétitivité. Le réseau traditionnel, fragilisé par des déséquilibres persistants entre production, transport et distribution, ne pouvait plus absorber cette hausse sans menacer la continuité des fabrications. L’accès direct aux barrages via EDC permet désormais une tarification basée sur les droits d’eau, évitant ainsi les goulots d’étranglement du réseau.

EDC mise sur cette collaboration pour financer ses futurs projets

Pour EDC, cette entente va bien au-delà d’un simple contrat commercial. Le modèle économique de l’entreprise repose sur les revenus issus des droits d’eau, réinvestis dans le développement de nouvelles infrastructures. Cependant, les retards de paiement de Socadel, client historique, ont pesé sur sa trésorerie. L’arrivée de Prometal, client solvable, offre une bouffée d’oxygène financière. Plusieurs projets attendent déjà un financement, comme la centrale de Mbakaou, dont la capacité a été portée à 400 MW, le projet Memve’élé 2, ou encore une future centrale solaire de 50 MW envisagée sur le site de Memve’élé.

L’influence de Prometal dans le paysage énergétique camerounais n’est pas négligeable. Entre 2016 et 2025, le groupe a versé 42 milliards de FCFA à l’ancienne Eneo (devenue Socadel) et à la Société nationale de transport d’électricité (Sonatrel), soit une moyenne annuelle de 4,2 milliards de FCFA injectés dans le secteur. Le transfert de ces flux vers EDC pourrait redistribuer les cartes entre les acteurs et accélérer l’optimisation du segment patrimonial.