14 mai 2026

Crise Sénégal-Maroc : l’ombre de la finale can pèse sur les relations diplomatiques

Lors du sommet Afrique-France à Nairobi, la tension entre le Sénégal et le Maroc autour de la finale controversée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a éclipsé les discussions sportives. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits en ironisant sur la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS), qui a attribué la victoire au Maroc (3-0) malgré la victoire sénégalaise sur le terrain (1-0 après prolongation). Une déclaration qui a provoqué des applaudissements dans l’assistance, sous le regard amusé d’Emmanuel Macron et le malaise visible de Patrice Motsepe, président de la CAF.

Le chef de l’État sénégalais a profité de l’événement pour mettre en avant les succès de son pays en 2026, notamment l’organisation des Jeux Olympiques de la jeunesse à Dakar à l’automne, tout en soulignant avec ironie : « Merci à vous pour ce verdict ! », une référence directe à la décision controversée de la CAF. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a dénoncé un « braquage administratif » et a saisi le TAS pour contester cette attribution. Les mémoires des deux parties sont désormais entre les mains de l’instance suisse, laissant planer une incertitude sur l’issue de cette affaire.

Le Maroc absent des débats sportifs à Nairobi

Alors que le Maroc avait envoyé son chef du gouvernement Aziz Akhannouch pour aborder des sujets économiques, aucun représentant officiel n’a participé à la session dédiée au sport. Une absence remarquée qui reflète la tension persistante entre les deux pays, quatre mois après la finale chaotique au stade Mouley-Abdellah de Rabat. Les échanges diplomatiques à Nairobi ont soigneusement évité le sujet, comme si une trêve tacite avait été décidée.

Interrogée après la clôture du sommet, la ministre déléguée française Eléonore Caroit a indiqué n’avoir « rien entendu sur le sujet » lors des tables rondes. De son côté, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot a précisé que, bien que le litige n’ait pas été évoqué publiquement, il faisait l’objet de discussions bilatérales. « Ce n’est pas que du football », a-t-il souligné, rappelant que les relations entre les deux pays dépassent le cadre sportif.

Une crise diplomatique et judiciaire aux multiples facettes

Au-delà du contentieux sportif, une affaire judiciaire aggrave les tensions. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, a été condamné à trois mois de prison à Rabat pour avoir jeté une bouteille d’eau sur les forces de l’ordre lors des incidents en tribune. Il a été libéré le 18 avril après avoir clamé son innocence. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés pour violences et dégradations ont également été libérés à la même date, après un pèlerinage traditionnel au mausolée d’Ahmed Tidjani près de Fès. Les quinze autres, condamnés à des peines allant de six mois à un an, restent détenus, leur libération dépendant d’une éventuelle grâce royale de Mohammed VI.

Malgré ces tensions, les deux capitales affichent une volonté de préserver les apparences. Côté marocain, on insiste sur « les relations religieuses et historiques qui unissent les deux pays ». À Dakar, on tempère en évoquant une « querelle entre frères » et en soulignant le respect mutuel des souverainetés. « La voie diplomatique va jouer son rôle », a déclaré un responsable sénégalais, rappelant que le Sénégal attend la même considération en retour.

Une réforme du football à l’échelle mondiale

Le contentieux a déjà eu des répercussions réglementaires. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver fin avril, l’International Football Association Board (IFAB) a adopté une mesure surnommée la « loi Pape Thiaw », du nom du sélectionneur sénégalais qui avait incité ses joueurs à quitter le terrain en signe de protestation contre un penalty accordé au Maroc en fin de match. Désormais, l’arbitre peut sanctionner par un carton rouge tout joueur quittant le terrain ou tout membre du staff encourageant ce comportement. Un délégué de la CAF présent à Vancouver a résumé l’objectif de cette réforme avec humour : éviter une « sénégalisation du football mondial ».

Entre recours judiciaires à Lausanne, prisonniers à Rabat et tensions diplomatiques à Nairobi, la finale de la CAN s’inscrit comme l’une des plus longues et complexes de l’histoire du football africain. Une affaire qui dépasse désormais le cadre sportif pour s’immiscer dans les relations internationales du continent.