11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Ebomaf domine le btp gabonais avec des milliards de contrats publics

Depuis le début de la transition politique en août 2023, le groupe EBOMAF, originaire du Burkina Faso, s’est imposé comme l’acteur incontournable des grands chantiers publics au Gabon. En seulement quelques années, l’entreprise fondée par Mahamadou Bonkoungou a remporté des marchés publics représentant plus de 700 milliards de francs CFA. Un volume exceptionnel pour un seul opérateur étranger dans ce pays d’Afrique centrale. Les projets emblématiques confiés à EBOMAF incluent la rénovation de routes stratégiques, la construction de l’aéroport d’Andem ainsi que le développement de Libreville 2, la future capitale administrative du pays.

Une domination sans précédent dans le secteur des infrastructures gabonaises

L’ascension fulgurante d’EBOMAF au sein de la commande publique gabonaise interroge autant par son ampleur que par sa rapidité. Chaque annonce gouvernementale concernant des infrastructures majeures semble systématiquement associer ce groupe, souvent sans que les détails des appels d’offres ne soient rendus publics. Les réalisations sous sa responsabilité s’étendent sur des centaines de kilomètres de voies routières, complétées par des infrastructures aéroportuaires et un ambitieux projet urbain visant à désengorger la capitale Libreville.

Cette concentration des contrats publics entre les mains d’un seul opérateur soulève une problématique récurrente en matière de gestion des finances publiques : le risque de dépendance excessive. Lorsqu’une entreprise unique se voit confier simultanément la conception, l’exécution et parfois le financement de multiples projets, la souveraineté budgétaire de l’État se trouve naturellement fragilisée. Le Gabon, dont les revenus pétroliers ont connu un repli ces dernières années, doit désormais gérer un endettement extérieur déjà sous le feu des projecteurs des institutions financières internationales.

Manque de transparence sur l’utilisation des fonds publics

Le chiffre de 700 milliards de francs CFA, avancé par EBOMAF pour ses réalisations au Gabon, n’a fait l’objet d’aucune vérification publique par les autorités gouvernementales compétentes. Ni le ministère des Travaux publics, ni celui des Comptes publics, ni même la Cour des comptes n’ont publié à ce jour un bilan complet des engagements financiers contractés avec ce groupe. L’absence d’un suivi budgétaire unifié rend particulièrement complexe l’analyse des flux financiers réels : paiements directs sur fonds propres, préfinancements bancaires ou mécanismes de compensation se mêlent sans transparence.

Cette opacité alimente les interrogations quant aux circuits de trésorerie mis en place. Qui valide les états de dépenses ? Quelles institutions financières abritent ces flux ? Quelles garanties souveraines ont été mises en place pour sécuriser les préfinancements ? Autant de questions essentielles qui, selon les normes de bonne gouvernance promues par le Fonds monétaire international et la Banque africaine de développement, devraient faire l’objet de publications régulières. Pourtant, le silence des institutions gabonaises tranche avec l’affichage médiatique des inaugurations de chantiers.

Un modèle de financement à double tranchant

EBOMAF a bâti sa réussite régionale sur un modèle économique intégré, combinant exécution des travaux et préfinancement bancaire, souvent garanti par des établissements financiers d’Afrique de l’Ouest. Ce système présente un avantage indéniable pour les États confrontés à des tensions budgétaires : il permet de démarrer rapidement des projets d’infrastructures sans mobiliser immédiatement des ressources fiscales. Toutefois, cette solution reporte sur les budgets des années suivantes le poids des remboursements, dont l’impact financier réel dépend des conditions contractuelles négociées.

Ce modèle a permis au groupe de s’implanter solidement au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Sénégal, mais il a également suscité des critiques récurrentes concernant les taux appliqués, les risques de surcoûts et la qualité des ouvrages livrés. Au Gabon, où la transition politique s’accompagne de défis économiques majeurs, la généralisation de ce schéma à grande échelle nécessite une analyse rigoureuse des clauses financières et des dispositifs de contrôle prévus.

Pour les partenaires financiers internationaux du Gabon, l’enjeu dépasse la simple performance des chantiers. Il concerne directement la crédibilité de la trajectoire budgétaire affichée par les autorités de transition et la soutenabilité de la dette publique une fois le processus électoral achevé. La publication d’un rapport consolidé sur les engagements liés à EBOMAF constituerait un gage de transparence essentiel, alors que les bailleurs multilatéraux réévaluent leurs risques souverains au Gabon.

Par ailleurs, cette centralisation des grands projets entre les mains d’un seul acteur soulève des questions quant à l’écosystème local du BTP. Les entreprises gabonaises, souvent reléguées à des rôles de sous-traitance, peinent à évoluer vers des marchés plus stratégiques. La gestion des comptes d’EBOMAF au Gabon reste ainsi un sujet de débat, faute d’informations publiques suffisantes.