11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Fiscalité du tabac au Cameroun : un levier pour sauver des vies et financer la santé

Mbankomo : un atelier historique pour la santé publique camerounaise

Pendant trois jours, des experts nationaux et internationaux se sont réunis à Mbankomo pour explorer une solution inattendue : la fiscalité du tabac. Loin des débats classiques sur les hôpitaux ou les médicaments, ces discussions ont révélé un lien étroit entre les taxes et la santé des Camerounais. L’enjeu ? Transformer les recettes fiscales en un bouclier contre le tabagisme et en un moteur de financement durable pour le système de santé.

Un problème de santé publique sous-estimé

Le tabac reste l’une des principales causes évitables de mortalité au Cameroun. Avec 9 % de fumeurs adultes et plus de 10 % chez les 13-15 ans, le pays fait face à une épidémie silencieuse. Chaque année, plus de 66 000 décès sont directement liés à cette consommation, tandis que 37 % de la population subit les effets de la fumée secondaire. Les maladies cardiovasculaires, les cancers et les troubles respiratoires chroniques s’ajoutent à ce lourd bilan.

Malgré ce constat alarmant, les cigarettes restent accessibles : en 2024, un paquet coûtait en moyenne 4,07 dollars (en parité de pouvoir d’achat), bien en dessous de la moyenne africaine et mondiale. Pire, les taxes ne représentent que 36 % du prix de vente, loin des 75 % recommandés par l’OMS.

Des réformes fiscales pour protéger les jeunes et financer la santé

Les participants ont souligné l’impact immédiat des hausses de taxes sur la consommation, surtout chez les jeunes. Une augmentation des prix dissuade les adolescents de commencer à fumer, réduisant ainsi les risques de dépendance pour des décennies. Mais les bénéfices vont bien au-delà : les recettes supplémentaires pourraient financer la Couverture Sanitaire Universelle, les programmes de prévention ou encore le renforcement des infrastructures médicales.

Pour étayer ces propositions, un outil de modélisation fiscale (WHO TaXSiM) a été utilisé. Les simulations ont montré qu’une hausse progressive des taxes spécifiques (de 5 000 à 15 000 FCFA pour 1 000 cigarettes d’ici 2028) pourrait réduire la consommation de 19 %. Résultat : près de 66 000 fumeurs en moins et une augmentation des recettes fiscales de 25 milliards FCFA, permettant de financer des politiques de santé publique ambitieuses.

Les nouveaux défis : des produits nicotiniques qui ciblent les adolescents

Les discussions ont aussi révélé une menace émergente : les produits nicotiniques sous forme de stylos, montres connectées ou bonbons. Ces articles, souvent présentés comme inoffensifs, séduisent les jeunes grâce à des stratégies marketing sophistiquées. Pourtant, ils exposent à une dépendance et à des substances toxiques, risquant de banaliser la consommation de nicotine.

Les experts ont insisté sur la nécessité d’anticiper leur encadrement fiscal et réglementaire avant qu’ils ne s’imposent durablement sur le marché camerounais.

Une feuille de route pour des réformes fondées sur les preuves

À l’issue de l’atelier, plusieurs recommandations ont été adoptées pour renforcer la lutte contre le tabagisme :

  • Une augmentation progressive des taxes spécifiques jusqu’à 15 000 FCFA pour 1 000 cigarettes ;
  • L’harmonisation des taxes entre produits locaux et importés ;
  • La création d’un groupe technique national dédié à la fiscalité du tabac ;
  • Le développement d’un système de traçabilité des produits du tabac ;
  • La mise en place d’un Fonds national de lutte contre le tabac.

Ces mesures s’appuient sur des données solides et visent à protéger les jeunes, réduire les maladies liées au tabac et mobiliser des ressources pour la santé publique.

Un investissement pour l’avenir du Cameroun

En clôturant les travaux, les responsables ont rappelé que la fiscalité du tabac n’est pas qu’une question budgétaire : c’est un investissement dans la santé des générations futures. En protégeant les jeunes contre l’initiation au tabagisme et en renforçant les finances publiques, le Cameroun peut bâtir un système de santé plus résilient et durable.

Les données analysées lors de l’atelier prouvent qu’une politique fiscale ambitieuse peut sauver des vies, réduire les dépenses liées aux maladies et générer des ressources essentielles. Chaque hausse de taxe représente ainsi des milliers de vies sauvées et un pas de plus vers une société plus saine.