Comment la Force unifiée de l’AES pourrait-elle concrétiser ses objectifs ?

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour deux jours de travaux à partir de ce lundi. Cette deuxième session du collège des chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) vise à évaluer les progrès accomplis depuis la création de cette alliance en juillet 2024. Parmi les points clés de l’ordre du jour figurent l’analyse des défis sécuritaires, diplomatiques et de développement, ainsi que la désignation d’un nouveau président de la confédération.
Cette rencontre s’inscrit dans la volonté de faire un bilan de la première année de fonctionnement de l’AES. Elle permettra également de passer à l’opérationnalisation effective de ses institutions et de discuter des enjeux régionaux et internationaux qui impactent ces trois pays. Depuis sa création, l’alliance a permis d’assurer le bon fonctionnement des instances confédérales et de renforcer la coordination entre ses États membres.
La veille de ce sommet, le Général d’Armée Assimi Goïta, président de la Transition du Mali et actuel président de l’AES, a officiellement lancé la Force unifiée de l’AES (FU-AES) à Bamako. Cette force multinationale, composée de 5 000 soldats maliens, burkinabè et nigériens, sera dirigée par le Général Daouda Traoré du Burkina Faso. Son objectif principal : lutter contre l’insécurité et les groupes djihadistes dans l’espace AES.
Qu’est-ce que la Force unifiée de l’AES ?

Face à la multiplication des attaques armées et à l’instabilité des zones frontalières, les trois pays de l’AES ont décidé de mutualiser leurs efforts militaires. Cette coopération se traduit par l’intensification des échanges entre responsables militaires, l’amélioration du partage des informations et la synchronisation des opérations. Ces mesures visent à réduire les risques dans les régions vulnérables aux attaques des groupes armés transfrontaliers.
La création de la FU-AES s’inscrit dans cette logique de solidarité et de coordination renforcée. Elle incarne l’engagement irréversible des trois États à sécuriser leur territoire et à protéger leurs populations. Comme l’a souligné le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, « la paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas ».
Comment la force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

Pour que la Force unifiée de l’AES soit efficace, plusieurs conditions doivent être réunies. Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute à Cotonou et Chercheur associé Senior à l’Egmont Institute à Bruxelles, souligne que cette force doit impérativement dépasser l’effet d’annonce. Elle doit obtenir des résultats tangibles sur le terrain, soulageant concrètement les populations locales.
Plusieurs leviers sont identifiés pour garantir son efficacité :
- Le commandement commun : une coordination fluide entre les trois armées est indispensable pour éviter les chevauchements ou les lacunes opérationnelles.
- Le partage des renseignements : la fusion des informations collectées par chaque État permettra d’identifier plus rapidement les cibles et les menaces potentielles.
- Les opérations concertées : frapper les groupes armés de manière synchronisée maximise l’impact des actions militaires.
- La tenue du terrain : après les opérations, il est crucial de maintenir une présence militaire pour empêcher le retour des groupes armés et rassurer les populations.
- La logistique et l’évacuation des blessés : un système efficace de ravitaillement et de soins médicaux est essentiel pour la pérennité des opérations.
L’expert insiste sur la nécessité d’adopter une stratégie durable. Selon lui, une approche efficace doit combiner action militaire et gouvernance locale :
« Une force peut gagner la bataille. Mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation. »
Il recommande de concentrer les efforts là où l’ennemi est le plus structuré, de mettre en place un mécanisme « renseignement-action » efficace, et surtout, de ne pas abandonner les zones libérées aux groupes armés. La stabilisation nécessite une présence continue, la sécurisation des axes de communication, la protection des villages et la restauration de la justice locale.
S’ouvrir pour être efficace ?

Si l’élargissement de la Force unifiée à d’autres pays pourrait sembler une solution pour renforcer sa capacité, Fiacre Vidjenagninou met en garde contre les risques de cette approche. Une coordination élargie pourrait entraîner des difficultés accrues, des intérêts divergents et une méfiance entre les partenaires, nuisant à l’efficacité globale.
Selon lui, la stratégie la plus pragmatique consisterait à prouver d’abord la viabilité de la force à trois pays. Une fois les résultats concrets obtenus, il serait possible d’envisager une coopération élargie avec des voisins, en ciblant des couloirs spécifiques et en renforçant les accords de poursuites transfrontalières. L’intégration formelle ne devrait intervenir qu’après l’établissement d’une confiance mutuelle solide.
Le chercheur souligne que la crédibilité de la Force unifiée de l’AES se mesurera sur le terrain. Elle dépendra de la capacité des trois États à commander ensemble, à tenir les zones libérées et à produire des résultats durables pour les populations.
Lors de ce sommet à Bamako, les chefs d’État de l’AES tiendront une réunion avec le commandement de la Force unifiée pour discuter des prochaines étapes. Ces discussions incluront également l’institution officielle de la Télévision de l’AES, dont le siège est basé à Bamako, ainsi que la radio « Daandè Liptako, la Voix du Liptako », basée à Ouagadougou. Les travaux porteront aussi sur la création de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.
La création de l’AES s’inscrit dans un contexte post-coup d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Le retrait de ces pays de la CEDEAO et la création de cette alliance répondent à une volonté d’indépendance accrue et de coopération renforcée entre États sahéliens.
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