11 septembre 2026

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Gabon : le boulevard de la Transition, entre impératifs de chantier et défis de transparence financière

Gabon : le boulevard de la Transition, entre impératifs de chantier et défis de transparence financière

Libreville, ce mercredi 26 août 2026 — Le projet du Boulevard de la Transition à Libreville progresse désormais sur deux fronts majeurs. Tandis que les équipes sur le terrain s’activent pour accélérer les travaux et respecter les délais de livraison des premières sections, une autre mission, plus délicate, s’engage au sein des institutions étatiques : celle de garantir une transparence irréprochable dans la gestion des fonds publics.

Une investigation récente, dont les conclusions ont été rendues publiques le 23 août, a mis en lumière des anomalies potentielles. L’examen technique et financier du marché aurait révélé une augmentation significative de son coût initial, passant de 8 à 16 milliards de francs CFA. De plus, un versement d’environ 3 milliards aurait été effectué à un entrepreneur étranger identifié sous le nom de Goran. Ces allégations, qui nécessitent une confirmation par les autorités judiciaires, placent ce chantier emblématique au cœur de sérieuses interrogations concernant la probité de la commande publique au Gabon.

La sensibilité de ce dossier est d’autant plus grande que le Boulevard de la Transition représente l’un des piliers de la modernisation urbaine de Libreville. Ce tracé d’environ trois kilomètres est conçu pour désengorger la circulation dans la capitale et s’inscrit dans une vision plus large, incluant la future Cité administrative. Dès 2026, ce projet était déjà désigné comme une priorité absolue pour le gouvernement.

Initialement perçue comme un symbole de transformation urbaine, cette opération est désormais associée à une problématique fondamentale pour un État qui aspire à instaurer une nouvelle éthique de gestion. Des questions cruciales se posent : comment la valeur d’un marché public a-t-elle pu doubler ? Et quelles procédures ont validé les décaissements qui sont aujourd’hui mis en cause ?

Un dossier financier désormais entre les mains de la justice

Des informations émanant de sources proches de la Taskforce, l’entité chargée du contrôle, de l’audit et de la vérification des participations et de la dette de l’État, indiquent qu’environ trois milliards de francs CFA auraient été versés à l’opérateur Goran sans qu’une garantie bancaire préalable ne soit exigée. L’individu en question aurait été interrogé par le B2 et aurait reconnu des « graves erreurs » avant de quitter le territoire gabonais. Le dossier aurait été transmis au procureur, selon les mêmes sources.

Ces accusations appellent à la plus grande prudence. À ce stade, aucune information publique ne permet d’établir formellement une infraction ni d’attribuer une responsabilité pénale précise. C’est le rôle essentiel de l’enquête judiciaire de démêler la nature des flux financiers, la conformité des procédures contractuelles, d’identifier les responsabilités éventuelles et de clarifier les circonstances du départ de l’opérateur.

Cependant, une question institutionnelle demeure sans réponse : si l’absence de garantie bancaire préalable est avérée, pourquoi cette condition n’a-t-elle pas été respectée avant le décaissement des fonds ? De même, si le montant du marché a réellement doublé, quelles modifications contractuelles, quelles validations administratives et quelles justifications économiques expliquent une telle évolution ?

Ces interrogations dépassent largement le seul cas de Goran. Elles touchent au cœur même du fonctionnement de la commande publique, là où se croisent les décisions administratives, les entreprises privées, les financements publics et les intérêts économiques.

L’urgence du bitume ne doit pas éclipser celle des comptes

Parallèlement à l’enquête financière, la Taskforce aurait intensifié la surveillance du chantier. Un rapport daté du 22 août, que nous avons pu consulter, préconise un approvisionnement accéléré en matériaux, un renforcement des équipements et la reprise des travaux de nuit. Lors d’une réunion tenue le 20 août, l’objectif, sous instruction présidentielle, était de finaliser la phase d’imprégnation du tronçon situé entre les PK0+240 et PK0+800 d’ici le 1er septembre.

Cette accélération des travaux est en phase avec l’importance urbaine du projet. Toutefois, elle soulève également une question de gouvernance. Si l’État peut légitimement souhaiter achever rapidement une infrastructure attendue par les citoyens, il doit tout autant garantir la préservation des preuves, la documentation des contrats et l’établissement des responsabilités lorsque des audits révèlent des anomalies.

Le paradoxe du Boulevard de la Transition réside précisément ici. Plus le chantier devient visible, plus l’exigence de transparence doit être élevée. Le public n’attend pas seulement de voir le bitume progresser ; il doit aussi pouvoir comprendre le coût de l’ouvrage, les raisons de ce montant, et les règles régissant l’attribution et l’exécution des marchés.

Cette exigence est d’autant plus prégnante que le gouvernement a déjà été confronté aux répercussions financières et sociales des grands projets urbains. En 2025, le Conseil des ministres avait validé un plan de gestion des déchets issus des démolitions liées à la modernisation de Libreville et aux travaux du Boulevard de la Transition. Le programme de relogement des populations impactées a, quant à lui, bénéficié du soutien de la BDEAC.

Le suivi de ce dossier doit donc s’articuler sur deux axes parallèles et interdépendants. Le premier concerne la concrétisation de l’infrastructure. Le second, la vérité financière du marché. La réussite de l’un ne saurait compenser l’échec de l’autre.

Le Boulevard de la Transition ne doit pas se limiter à être un symbole de kilomètres de route construits. Il doit également servir d’exemple, démontrant qu’un investissement public peut être contrôlé de bout en bout, de la signature initiale au dernier franc dépensé. Si les anomalies rapportées sont confirmées, les responsabilités devront être clairement établies et les préjudices éventuels réparés. Inversement, si elles ne le sont pas, la justice devra l’affirmer avec la même clarté. Dans les deux scénarios, le véritable chantier de la Transition est celui que les citoyens réclament depuis longtemps : une gestion de l’argent public traçable, justifiable et vérifiable.