Un tribunal de Ouagadougou a définitivement invalidé un important contrat de streaming aurifère signé entre deux géants canadiens du secteur minier et une exploitation aurifère située au Burkina Faso. Cette décision judiciaire, qui marque un tournant dans la gestion des ressources naturelles du pays, questionne la viabilité d’un modèle financier largement répandu en Afrique pour le financement de l’exploitation aurifère.
Le streaming aurifère, mécanisme financier sophistiqué, consiste pour un investisseur à verser des fonds à une société minière en échange de l’acquisition future d’une partie de sa production à un tarif préférentiel. Franco-Nevada et Sandstorm Gold Royalties, deux acteurs majeurs de ce secteur, figuraient parmi les bénéficiaires de ce contrat annulé par la justice burkinabè. Leur modèle, fondé sur la diversification géographique, se retrouve aujourd’hui fragilisé par cette décision.
Un tournant dans la souveraineté minière du Burkina Faso
Cette annulation s’inscrit dans une dynamique politique plus large au Burkina Faso, où les autorités de transition ont lancé une refonte complète du secteur extractif. Troisième producteur d’or du continent, le pays cherche à maximiser les retombées économiques de ses ressources naturelles. Plusieurs réformes ont déjà été engagées : retrait de permis, nationalisations partielles et adoption d’un nouveau code minier pour renforcer le contrôle de l’État sur ses actifs stratégiques.
Les magistrats ont justifié leur décision en invoquant le non-respect des dispositions légales en vigueur lors de la signature du contrat. Pour le gouvernement burkinabè, cette annulation confirme sa volonté d’exercer pleinement sa souveraineté sur ses ressources. Pour les investisseurs internationaux, elle introduit une incertitude juridique majeure, alors que certains accords remontent à plus de dix ans.
Franco-Nevada et Sandstorm face à un défi sans précédent
Franco-Nevada, valorisée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, a bâti son empire sur l’accumulation de redevances et de contrats de streaming à l’échelle mondiale. Sandstorm, bien que moins imposante, a également massivement investi dans les mines d’Afrique de l’Ouest. Les deux groupes doivent désormais évaluer l’impact comptable et opérationnel de cette annulation, qui pourrait remettre en cause un actif clé de leur portefeuille.
Cette décision dépasse le cadre des deux entreprises concernées. Elle interpelle l’ensemble de la communauté financière minière internationale, habituée à intégrer le risque politique dans ses calculs, mais rarement le risque de nullité judiciaire d’un contrat. Ce précédent burkinabè pourrait entraîner une hausse des coûts de financement pour les projets aurifères en Afrique de l’Ouest, alors que le cours de l’or atteint des niveaux historiques.
Un exemple qui pourrait inspirer d’autres États africains
Le Mali, le Niger et la Guinée, tout comme le Ghana dans une moindre mesure, ont également engagé des révisions de leurs cadres miniers. Dans le Sahel central, une volonté commune se dessine pour renégocier des contrats jugés déséquilibrés. La décision rendue à Ouagadougou pourrait servir de référence juridique pour d’autres États souhaitant réaffirmer leur contrôle sur leurs ressources naturelles.
Cependant, l’issue de cette affaire reste incertaine. Les contrats de streaming incluent généralement des clauses d’arbitrage international, notamment devant le CIRDI. Franco-Nevada et Sandstorm disposent donc de moyens de contestation, mais le Burkina Faso a récemment montré sa réticence à accepter la primauté des juridictions étrangères dans les litiges liés à ses ressources. Un bras de fer juridique semble inévitable.
Ce dossier illustre les tensions croissantes entre la complexité des instruments financiers occidentaux et la volonté politique des États africains de renégocier leur place dans les chaînes de valeur mondiales des matières premières. Ses répercussions pourraient s’étendre bien au-delà des frontières burkinabè.
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