Avec ses centrales électriques flottantes ancrées au large de Libreville et de Port-Gentil, le groupe Karpowership s’impose désormais comme un acteur incontournable du secteur énergétique gabonais. Son directeur national, Evans Damada, confirme que ses navires-centrales injectent actuellement 150 mégawatts dans le réseau, couvrant ainsi près d’un quart de la production électrique nationale. Un chiffre qui souligne à la fois l’ampleur de sa contribution et les défis structurels persistants du pays en matière d’énergie.
Une solution rapide face aux crises électriques
L’intégration massive de Karpowership dans le mix énergétique gabonais s’est opérée en un temps record. Face à des délestages chroniques touchant aussi bien les foyers que les zones industrielles, l’opérateur turc a su tirer parti de sa réactivité exceptionnelle. Ses powerships, ces centrales mobiles, peuvent être déployées en quelques semaines, là où un projet terrestre nécessiterait plusieurs années de travaux. Une flexibilité qui séduit de plus en plus de gouvernements africains, comme en témoigne la présence du groupe au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone, en Gambie et au Mozambique. Ses contrats, généralement pluriannuels et indexés sur le cours des hydrocarbures, restent cependant sujets à controverse dans plusieurs capitales.
Dépendance énergétique : un équilibre fragile
Pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), ces 150 MW représentent une bouffée d’oxygène indispensable. Le pays, dont la production repose sur un mix vieillissant d’hydroélectricité, de gaz naturel et de fioul, peine à répondre à une demande en pleine croissance, alimentée par l’urbanisation accélérée, les zones économiques spéciales et les projets miniers. Pourtant, cette dépendance envers un seul fournisseur étranger soulève des questions sur la souveraineté énergétique du Gabon. Les autorités de la transition, engagées depuis août 2023 dans une refonte des infrastructures, doivent désormais concilier urgence immédiate et vision à long terme, notamment dans l’exploitation des ressources gazières nationales.
Transition énergétique : vers une autonomie progressive
Evans Damada décrit l’intervention de Karpowership comme une solution temporaire, conçue pour combler le déficit actuel en attendant la mise en service de nouvelles infrastructures locales. Plusieurs projets majeurs sont en cours, comme le barrage de Kinguélé Aval, porté par Meridiam et Gabon Power Company, ou encore des centrales à gaz alimentées par les gisements offshore. Une fois opérationnelles, ces installations devraient réduire mécaniquement la part des centrales flottantes dans le bouquet énergétique gabonais.
En attendant, les navires-centrales turcs assurent un rôle clé dans l’alimentation du pays. Ils alimentent en continu la capitale Libreville et le couloir industriel de l’Estuaire, tout en contribuant à la formation de techniciens locaux. Cependant, l’ampleur de ces transferts de compétences reste limitée, alors que les autorités gabonaises espèrent des partenariats plus ambitieux pour renforcer l’expertise nationale.
À court terme, la priorité pour le Gabon n’est plus de se passer de Karpowership, mais de renégocier les termes de cette collaboration. Les discussions porteront sur les tarifs, la durée des contrats et l’intégration progressive du gaz local. Selon les informations disponibles, l’opérateur turc envisage de maintenir son engagement au-delà de la phase de transition.
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