11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Le Cameroun face au défi du fédéralisme : un retour en arrière possible ?

Joseph Dion Ngute, Premier ministre du Cameroun, lors de l'ouverture du Dialogue national à Yaoundé en 2019 pour tenter de résoudre la crise des régions anglophones

Le Cameroun, un pays aux multiples visages culturels et linguistiques, se trouve à un carrefour historique. La question du fédéralisme resurgit avec force, portée par des revendications qui traversent les décennies. Entre espoirs de réconciliation et craintes de fragmentation, cette option constitutionnelle divise autant qu’elle fascine. Mais à l’heure où les tensions persistent dans les régions anglophones, le fédéralisme pourrait-il offrir une issue viable ?

Un héritage constitutionnel à réexaminer

Le Cameroun a connu une première expérience fédérale entre 1961 et 1972, sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo. Cette période, marquée par la coexistence entre un État fédéral et des États fédérés, a permis de préserver temporairement l’unité nationale. Cependant, la réforme de 1972, transformant le pays en un État unitaire décentralisé, a relégué cette structure au rang de souvenir.

Depuis, les débats sur un retour au fédéralisme animent régulièrement la scène politique. Les partisans de cette solution y voient un moyen de répondre aux aspirations autonomistes des régions anglophones, tandis que ses détracteurs y perçoivent un risque de balkanisation. Les discussions actuelles, notamment lors du Dialogue national organisé en 2019 sous l’égide du président Paul Biya, ont montré que le sujet reste brûlant.

Les défis d’un fédéralisme camerounais

Rétablir un système fédéral au Cameroun ne serait pas une tâche aisée. Plusieurs obstacles se dressent sur cette voie :

  • Une répartition des compétences complexe : Définir clairement les domaines de compétence entre l’État central et les régions fédérées s’avère délicat. Qui gère l’éducation, la santé ou les ressources naturelles ? Ces questions, déjà épineuses, risquent de raviver les tensions entre les différentes entités.
  • Un contexte sécuritaire tendu : La crise dans les régions anglophones, avec son lot de violences et de déplacements de populations, complique toute avancée. Le fédéralisme pourrait-il apaiser les revendications, ou au contraire, les radicaliser ?
  • Une classe politique divisée : Les positions varient selon les sensibilités. Certains y voient une solution pragmatique, d’autres une menace pour l’intégrité territoriale. La fragmentation des avis rend toute décision difficile.

Les régions anglophones, épicentre des revendications

Les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, à majorité anglophone, sont au cœur du débat. Depuis 2016, des mouvements sécessionnistes y ont pris les armes, exigeant soit l’indépendance, soit un statut fédéral renforcé. Le Dialogue national de 2019, bien que conçu pour apaiser les tensions, n’a pas réussi à rallier toutes les parties. L’absence de figures majeures de la rébellion a sonné le glas des espoirs d’une résolution rapide.

Pourtant, des voix s’élèvent pour proposer une troisième voie : un fédéralisme asymétrique, où certaines régions bénéficieraient de plus d’autonomie que d’autres. Cette approche, déjà adoptée dans d’autres pays, pourrait-elle s’appliquer au Cameroun ?

Le fédéralisme, une solution ou un leurre ?

Les partisans du fédéralisme mettent en avant plusieurs avantages :

  • Une meilleure représentation des minorités : En accordant plus d’autonomie aux régions, le Cameroun pourrait mieux prendre en compte la diversité linguistique et culturelle.
  • Une décentralisation des ressources : Les régions pourraient gérer une partie de leurs revenus, favorisant un développement plus équilibré.
  • Un apaisement des tensions : En reconnaissant les spécificités locales, l’État central pourrait désamorcer les revendications séparatistes.

Cependant, les sceptiques rappellent que le fédéralisme n’est pas une panacée. Dans certains pays, il a exacerbé les divisions plutôt que les apaiser. Au Cameroun, où les clivages historiques et politiques sont profonds, le risque est réel. Sans une volonté politique forte et un cadre juridique solide, toute tentative de réforme pourrait se solder par un échec.

Que dit la Constitution actuelle ?

La Constitution camerounaise de 1996 a introduit la notion de décentralisation, mais sans aller jusqu’au fédéralisme. Les régions disposent de conseils élus et de compétences limitées, mais l’État central conserve un contrôle étroit. Modifier cette architecture nécessiterait une révision constitutionnelle, un processus complexe et risqué sur le plan politique.

Pourtant, l’histoire montre que les Constitutions ne sont pas figées. Si la pression populaire et internationale s’intensifie, le Cameroun pourrait être contraint de repenser son modèle. Mais à quel prix ?

Un enjeu de souveraineté nationale

Le fédéralisme interroge la notion même de souveraineté. En accordant plus d’autonomie aux régions, l’État camerounais accepte de partager son pouvoir. Cette perspective effraie une partie de l’élite politique, qui craint de perdre le contrôle sur des pans entiers du territoire. Pourtant, l’alternative – le maintien d’un système centralisé dans un contexte de tensions persistantes – pourrait s’avérer encore plus coûteuse à long terme.

Le Cameroun doit donc peser le pour et le contre avec soin. Une réforme en profondeur nécessiterait un dialogue inclusif, une vision claire et une volonté de concilier les intérêts divergents. Le fédéralisme n’est ni une solution miracle ni une menace absolue. Tout dépend de la manière dont il sera mis en œuvre.

Une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable. Les Camerounais, qu’ils soient partisans ou opposants au fédéralisme, attendent des réponses concrètes. Le temps des demi-mesures est révolu.