10 juin 2026

Le Reveil Noir

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Le géant guinéen SONOCO veut produire 15 millions de poulets par an au Gabon

Le conglomérat panafricain SONOCO ambitionne de transformer le secteur avicole au Gabon. Reçu en audience par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, le groupe guinéen a présenté les grandes lignes d’un investissement massif destiné à structurer une filière encore très dépendante des importations. L’objectif affiché est d’atteindre une production annuelle de plus de 15 millions de poulets, un volume inédit dans le pays.

Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de diversification économique prônée par les autorités de transition, qui cherchent à réduire la facture alimentaire et à stimuler l’emploi rural. Actuellement, le Gabon importe la quasi-totalité de la viande de volaille consommée sur son territoire, une dépendance souvent dénoncée comme un frein à la souveraineté alimentaire.

Une chaîne de valeur intégrée de l’amont à l’aval

Le projet repose sur une intégration verticale complète : élevage, fabrication d’aliments pour animaux, abattage, transformation et distribution. Cette approche permet au groupe de maîtriser les coûts, de sécuriser ses approvisionnements et de proposer sur le marché local une protéine animale à des prix compétitifs face aux poulets congelés importés du Brésil, des États-Unis ou d’Europe.

L’investissement prévoit notamment la construction d’unités d’élevage modernes, d’une provenderie locale pour la production d’aliments composés, ainsi que d’infrastructures de transformation respectant les normes sanitaires internationales. Dans un pays où la filière avicole reste embryonnaire, ce saut industriel pourrait redessiner durablement le paysage agroalimentaire.

Le groupe guinéen, déjà actif dans plusieurs segments industriels en Afrique de l’Ouest, capitalise sur une expérience continentale pour aborder le marché gabonais. La dimension panafricaine de SONOCO constitue un argument mis en avant par les autorités, qui y voient un exemple concret de coopération Sud-Sud entre Conakry et Libreville.

Souveraineté alimentaire et substitution aux importations

Pour Libreville, l’enjeu dépasse la seule volaille. La balance commerciale gabonaise est lourdement grevée par les importations de denrées alimentaires, alors que le pays dispose de vastes terres arables et d’un climat favorable à l’agriculture. Réduire cette dépendance figure parmi les priorités du président Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir.

L’arrivée d’un investisseur structurant dans l’aviculture s’inscrit dans cette logique. En produisant localement plusieurs millions de poulets par an, SONOCO contribuerait mécaniquement à comprimer les sorties de devises liées à l’importation de viande congelée. Le projet est également présenté comme un levier de création d’emplois directs et indirects, notamment dans les zones rurales où l’élevage industriel pourrait fixer une main-d’œuvre jeune en quête de débouchés.

Cependant, la réussite d’une telle ambition suppose de lever plusieurs verrous structurels : l’accès au foncier, la disponibilité de matières premières pour l’alimentation animale, la stabilité du cadre réglementaire et la logistique de distribution. La capacité du groupe à sécuriser ces paramètres déterminera la trajectoire effective du projet.

Un signal envoyé aux investisseurs régionaux

Au-delà du seul cas SONOCO, cette séquence diplomatique et économique illustre la volonté de Libreville d’attirer des capitaux africains dans les secteurs productifs. Le choix de recevoir au plus haut niveau un groupe guinéen, plutôt qu’un acteur occidental ou asiatique, traduit une réorientation des priorités vers une intégration continentale plus assumée.

Le calendrier de déploiement et le montant exact de l’investissement n’ont pas été communiqués à l’issue de l’audience présidentielle. Les prochaines étapes porteront vraisemblablement sur la signature d’accords-cadres, l’identification des sites d’implantation et la mobilisation des financements. Pour les autorités gabonaises, transformer cette annonce en réalité industrielle constituera le véritable test.