20 mai 2026

Le Reveil Noir

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Le Mali face à l’échec de sa stratégie militaire avec les mercenaires russes

Le Mali piégé par sa dépendance aux mercenaires russes face à la montée des groupes armés

En 2021, le Mali a fait le choix stratégique d’accueillir des mercenaires russes pour renforcer sa lutte contre les groupes armés. Pourtant, cette décision a non seulement échoué à rétablir la sécurité, mais a également aggravé la crise sécuritaire et économique du pays. Les analystes soulignent comment cette approche a permis aux groupes terroristes de gagner en influence, tandis que la junte militaire a perdu le soutien de sa population.

Une stratégie militaire centrée sur les rebelles touaregs au détriment de la lutte antiterroriste

Dès l’arrivée des mercenaires russes en 2021, l’armée malienne a recentré ses efforts sur la répression des rebelles touaregs dans le Nord du pays. Cette focalisation a laissé le champ libre aux groupes terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara, qui ont profité de l’affaiblissement des défenses dans le centre et le sud pour étendre leur emprise.

Les opérations militaires brutales menées par les forces maliennes, avec le soutien des mercenaires, ont entraîné des milliers de victimes civiles. Ces exactions, souvent qualifiées d’exécutions sommaires, ont alimenté le ressentiment et poussé de nombreux Maliens à rejoindre les rangs des groupes armés pour se venger ou se défendre.

Les Accords d’Alger abandonnés : une décision aux conséquences désastreuses

En janvier 2024, la junte militaire a rompu les Accords d’Alger, un pacte de paix signé entre le gouvernement malien et les représentants touaregs, devenus le Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette rupture a coïncidé avec la reconquête de Kidal, bastion touareg, par les forces maliennes et les mercenaires russes en novembre 2023. Pourtant, cette victoire apparente n’a fait qu’aggraver la situation.

Alors que l’armée malienne et ses alliés mercenaires se concentraient sur le Nord, les groupes terroristes ont renforcé leur présence dans le centre du pays, encerclant progressivement la capitale, Bamako. Les attaques répétées contre les convois commerciaux en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ont paralysé l’économie malienne, aggravant les difficultés de la population.

L’expulsion de la MINUSMA et ses conséquences

Fin 2023, la junte a mis fin à la présence de la MINUSMA, la mission de maintien de la paix de l’ONU, accusée d’ingérence. Cette décision a laissé le champ libre aux mercenaires russes, désormais désignés sous le nom d’Africa Corps, pour mener des opérations militaires sans contrôle international. Parmi les actions les plus controversées figure le massacre de Moura, où des centaines de civils peuls ont été exécutés lors d’une opération de trois jours.

Ce massacre, ainsi que d’autres exactions, a profondément divisé la population malienne. Les civils, privés de toute protection, se sont tournés vers les groupes armés pour survivre, renforçant ainsi leur recrutement. Selon l’analyste Wassim Nasr, la junte n’a rien fait pour regagner la confiance de la population, se contentant de discours hostiles envers l’Occident plutôt que de projets concrets de développement.

« Ils n’ont construit aucune école. Ils n’ont pas amélioré les routes. Leur seul projet se résume à : « Nous haïssons la France. Nous haïssons l’Occident. » »

L’échec militaire et le retrait des mercenaires russes

En juillet 2024, l’Africa Corps a subi un revers cuisant dans la région de Tin Zaouatine, où une embuscade tendue par des combattants touaregs a décimé une colonne malienne-russe. L’affrontement a coûté la vie à près de 50 soldats maliens et plus de 80 mercenaires russes. Cet échec a marqué un tournant : l’Africa Corps, désormais affaibli, a annoncé son départ progressif du Mali.

« C’est à ce moment-là que Wagner a cessé d’être Wagner », a déclaré Wassim Nasr. L’Africa Corps, intégré à une nouvelle structure avec d’anciens membres de Wagner, a tenté de maintenir une présence militaire, mais son efficacité s’est considérablement réduite. Les mercenaires préfèrent désormais rester dans leurs bases, utilisant des drones pour appuyer les patrouilles maliennes.

« Ils sortent encore, mais avec beaucoup moins d’assurance », précise l’analyste.

La junte aux abois : une survie dépendante des mercenaires

Fin avril 2024, une offensive conjointe du GSIM et du FLA contre Kidal a révélé l’incapacité de l’Africa Corps à protéger les positions stratégiques. Les mercenaires se sont repliés, permettant au FLA de s’emparer de la ville. Ce même jour, une attaque séparée a coûté la vie au ministre malien de la Défense, symbole de l’instabilité croissante.

Face à ces défaites, l’Africa Corps a recentré ses missions sur la protection de la junte elle-même. Alors que le GSIM étend son influence jusqu’aux portes de Bamako, la junte ne montre aucun signe de vouloir engager des négociations. Elle compte désormais exclusivement sur les mercenaires pour assurer sa survie, malgré des coûts exorbitants.

« Ils n’ont pas le choix. Ils sont détestés par tous. Ils sont acculés. Ils continuent de payer car l’Africa Corps est leur seule planche de salut », analyse Wassim Nasr.

Cette dépendance désespérée illustre l’échec d’une stratégie militaire centrée sur la répression plutôt que sur la reconstruction et le dialogue. Le Mali, autrefois engagé dans des accords de paix, se retrouve aujourd’hui isolé, avec une économie asphyxiée et une population en proie au désespoir.