28 avril 2026

Les États-Unis renforcent leur présence au Sahel face à la Russie

Les États-Unis font un virage stratégique au Sahel pour contrer l’influence russe

Manifestation pro-russe à Niamey, au Niger, avec un homme agitant un drapeau russe

Les États-Unis annoncent un changement majeur de leur politique envers le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays du Sahel confrontés à une insurrection jihadiste et dont les régimes militaires se sont détournés de la France pour se rapprocher de Moscou. Cette stratégie marque une rupture avec les années précédentes et reflète une priorité révisée sous l’administration Trump.

Une nouvelle approche diplomatique et sécuritaire

Le département d’État américain a révélé que Nick Checker, responsable des affaires africaines, se rendra à Bamako pour affirmer le « respect des États-Unis pour la souveraineté malienne » et proposer une « nouvelle voie » dans les relations bilatérales. Cette démarche exclut toute référence aux préoccupations antérieures concernant la démocratie et les droits humains, notamment après les coups d’État ayant renversé les présidents élus entre 2020 et 2023.

L’agenda de cette visite met en avant la coopération avec les alliés du Mali, à savoir le Burkina Faso et le Niger, sur des enjeux communs de sécurité et d’économie. Cette orientation s’inscrit dans un contexte où les États-Unis semblent prêts à dépasser les divergences politiques pour renforcer leur influence dans la région.

Un revirement politique motivé par des impératifs stratégiques

Cette réorientation marque un tournant par rapport à la politique de l’administration Biden, qui avait suspendu sa coopération militaire après les putschs. Désormais, la priorité est donnée à la lutte antiterroriste, comme l’a souligné le général Michael Langley, chef de l’Africom jusqu’en 2025. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis concentrent leurs efforts sur la lutte contre les groupes jihadistes, perçus comme une menace majeure pour la stabilité mondiale.

Le Sahel, souvent qualifié d’« épicentre du terrorisme mondial », concentre une part importante des décès liés au terrorisme à l’échelle planétaire. La région des « trois frontières » (Mali, Burkina Faso, Niger) est particulièrement touchée, avec une activité intense de l’État islamique au Grand Sahara. Les récents événements, comme l’attaque de l’aéroport de Niamey, illustrent l’urgence d’une réponse coordonnée.

Une réponse adaptée à la menace jihadiste

Les États-Unis fournissent désormais un soutien en renseignement et pourraient envisager la livraison d’armes. Cependant, aucune réouverture de bases militaires n’est prévue, en accord avec la promesse de Trump de mettre fin aux « guerres sans fin ». Les drones et les troupes au sol ne seront pas déployés, mais une assistance technique et logistique sera maintenue.

Cette stratégie vise aussi à contrer l’influence croissante de la Russie dans la région, où Moscou déploie des mercenaires et des conseillers militaires. Malgré les allegations d’abus commis par les forces russes, notamment au Mali, Washington ne considère pas leur présence comme une menace pour la stabilité régionale. L’objectif est plutôt de proposer une alternative crédible à l’alliance exclusive avec Moscou.

Des enjeux économiques et géopolitiques majeurs

Le Sahel recèle des ressources stratégiques comme l’uranium, l’or et le lithium. Le Niger, par exemple, détient d’importantes réserves d’uranium, et le Mali est un producteur clé de lithium. Ces ressources attirent l’attention des puissances étrangères, dont les États-Unis et la Russie.

La junte nigérienne a nationalisé la principale mine d’uranium, précédemment exploitée par l’entreprise française Orano, et envisage désormais un partenariat avec la Russie. Cette situation renforce l’importance d’une présence américaine pour équilibrer les influences dans la région.

Un partenariat sous conditions

Les États-Unis, tout comme l’Union européenne et la CEDEAO, restent préoccupés par la montée de l’extrémisme violent. Cependant, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO a compliqué la coopération régionale. Ces pays ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), cherchant à s’affranchir des contraintes imposées par l’organisation sous-régionale.

Malgré ce retrait, les autres États membres tentent de maintenir une coopération pratique pour lutter contre les groupes islamistes. Les renseignements américains et un éventuel soutien logistique pourraient jouer un rôle clé dans cette lutte. Toutefois, comme l’ont montré les interventions passées, une solution militaire durable nécessite aussi de répondre aux défis socio-économiques profonds de la région.

En résumé, la nouvelle stratégie américaine au Sahel repose sur un équilibre entre sécurité et réalisme politique, tout en cherchant à limiter l’influence russe sans s’engager dans des conflits prolongés.