Le Mali se trouve à un tournant critique alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, renforce son emprise sur plusieurs régions du territoire. Malgré les opérations militaires menées conjointement par les forces maliennes et leurs partenaires, les attaques revendiquées par ce groupe djihadiste se multiplient. Embuscades contre les troupes régulières, raids contre des postes militaires et blocages d’axes routiers : ces actions illustrent une expansion méthodique de l’influence du JNIM, au-delà des frontières maliennes.
Une menace qui s’étend bien au-delà du Mali
Cette dynamique alarmante dépasse désormais le cadre national pour toucher l’ensemble de la région sahélienne. Les pays voisins, ainsi que ceux du deuxième cercle africain, observent avec inquiétude cette montée en puissance. Dans un contexte marqué par l’affaiblissement des institutions étatiques et une crise économique profonde, le risque d’une propagation incontrôlable de la menace terroriste islamiste devient une réalité tangible.
Une stratégie de contrôle territorial plutôt que de conquête
Les dernières informations en provenance du Mali révèlent une situation préoccupante. Cinq localités de la région de Bandiagara, située au centre du pays, ont été prises pour cible jeudi 21 mai 2026. Le JNIM, qui n’a pas communiqué de bilan, a revendiqué ces attaques. Face à cette escalade, la junte militaire de Bamako se concentre davantage sur les zones urbaines, délaissant progressivement les zones rurales.
Contrairement à l’image d’un groupe exclusivement mobile et clandestin, le JNIM déploie depuis plusieurs années une stratégie d’ancrage territorial. En exploitant les tensions communautaires, les rivalités locales et l’absence d’infrastructures publiques, il tisse des réseaux d’influence profonds. Dans certaines zones, il impose des médiations, des règles de circulation ou même des systèmes de taxation parallèles. En somme, là où l’État malien s’efface, le groupe cherche à s’imposer comme une autorité alternative.
Cette approche explique pourquoi les seules réponses militaires s’avèrent insuffisantes. Une opération ponctuelle peut permettre de reprendre le contrôle d’une zone, mais sans restaurer les services administratifs, judiciaires ou économiques essentiels, la stabilité reste fragile.
Le Mali face à un tournant sécuritaire
Depuis le retrait des forces françaises et l’intensification des partenariats militaires avec la Russie, Bamako a fait le choix d’une souveraineté sécuritaire affirmée. Les autorités de transition présentent cette orientation comme une rupture avec la dépendance vis-à-vis des puissances occidentales. Cependant, sur le terrain, les violences persistent et les groupes armés conservent une grande mobilité.
Plusieurs rapports internationaux ont également pointé des allégations de violations des droits humains impliquant les forces armées maliennes et certains de leurs alliés russes. Bamako rejette ces accusations, les qualifiant de tentatives de déstabilisation orchestrées par des acteurs étrangers. Cette polarisation aggrave encore les tensions et réduit les possibilités de médiation politique.
Le Sahel, un enjeu géopolitique majeur
La crise au Sahel s’inscrit désormais dans une logique de rivalités internationales. Russie, Turquie, Émirats arabes unis, puissances occidentales et États régionaux rivalisent pour étendre leur influence. Dans ce contexte, les groupes jihadistes profitent des divisions entre les États, de la fermeture des frontières et de l’affaiblissement des coopérations régionales.
Le principal danger réside dans la normalisation progressive de l’insécurité chronique. Des territoires entiers vivent désormais dans un équilibre précaire, où ni l’État ni les groupes armés ne contrôlent totalement le terrain. Une question se pose avec acuité : jusqu’où ira cette déstabilisation ? La junte malienne, qui s’appuie sur les mercenaires du groupe Africa Corps, voit déjà ces derniers se retirer progressivement des zones de conflit. Que deviendrait le Mali si ces forces quittaient définitivement le pays ?
Mourad Ighil
- Tags : Bamako, Djihadistes, JNIM, Junte malienne, Mali, Sahel
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