Mali : face à la crise humanitaire, MSF soutient les populations aux frontières
Au Mali, l’enlisement de la crise sécuritaire aux frontières avec le Burkina Faso et la Mauritanie prive les populations de soins et d’eau potable. Alors que la présence accrue de groupes armés et l’insécurité limitent fortement l’action des acteurs humanitaires MSF renforce ses dispositifs médicaux mobiles pour atteindre les communautés les plus isolées.
Aux frontières de la Mauritanie et du Burkina Faso : des populations enclavées
Un conflit frontalier qui impacte l’aide humanitaire
Pourquoi les frontières nord et sud du pays sont-elles devenues le point de rupture ? Ces zones subissent des pressions sécuritaires multiples. D’un côté, les opérations menées par l’armée malienne et ses partenaires au nord du pays perturbent l’équilibre local à la frontière avec la Mauritanie.
Au sud, à la frontière avec le Burkina Faso, la présence active de groupes armés et la prolifération d’engins explosifs sur les routes, le tout sur fond de tensions intercommunautaires, transforment ces axes frontaliers en pièges. Pour les civils, cela signifie l’impossibilité de circuler. Pour les ONG, cela rend l’accès physique aux structures de santé extrêmement dangereux.
L’impact direct sur les structures de santé de Nampala et Koro
Dans le cercle de Nampala, non loin de la frontière mauritanienne, ces affrontements ont poussé de nombreux civils à fuir vers le centre-ville ou à se réfugier en Mauritanie. À la suite d’attaques directes contre ses équipes, MSF a dû interrompre ses activités en novembre 2024, avant de pouvoir les relancer en mars 2025. Aujourd’hui, les équipes soignent les populations déplacées et les populations locales au centre de santé de Nampala, et se déplacent dans les villages périphériques de Toulé et Touladji pour atteindre les plus isolés.
« Nous sommes partis à 5 heures du matin en charrette et nous sommes arrivés épuisés à 10 heures au centre », raconte Cheick Tahar Coulibaly, un éleveur ayant parcouru 25 kilomètres pour faire soigner sa femme et son nouveau-né à Touladji. « Dans mon village à Boulé, il n’y a même pas de site de soins. Avant l’arrivée de MSF, nous devions aller jusqu’au centre de santé de Nampala ».
Plus à l’est, aux confins du Burkina Faso, le cercle de Koro fait face à des afflux réguliers de réfugiés fuyant les violences transfrontalières. Pour le seul mois de mai, 7 000 réfugiés sont arrivés dans la ville de Koro, rejoignant les 68 000 déjà enregistrés par le HCR. En parallèle, l’insécurité complique l’accès aux villages enclavés de Diougani, Diankabou et Baye. MSF y propose des soins de santé primaires, maternels et pédiatriques, et prend en charge les urgences chirurgicales.
Au total, entre janvier et avril, les équipes de MSF ont réalisé plus de 37 400 consultations dans la région.
Une augmentation des attaques contres les humanitaires
Le recul de la présence humanitaire au Mali s’explique par le manque de financements, mais aussi par une dangerosité inédite sur le terrain. Selon OCHA, 753 incidents ont visé des humanitaires en 2025, ce qui représente une hausse de 40 % par rapport à 2024.
La récente escalade des violences, illustrée par des attaques de groupes armés contre plusieurs villes du pays le 25 avril, expose toujours plus les civils. Aujourd’hui, plus de 5 millions de personnes ont besoin d’assistance au Mali.
L’insécurité s’étend désormais vers le sud du Mali
Des régions jusqu’ici relativement préservées, comme celle de Koutiala, subissent à leur tour l’impact de la présence accrue de groupes armés. À Tiéré, l’insécurité paralyse les services publics et l’économie locale : « L’ambulance du district ne vient plus à Tiéré à cause de l’insécurité. Cela complique le transfert des malades vers l’hôpital de Koutiala », explique Ousmane Dao, assistant au coordinateur MSF.
Pour faire face à cette extension de la crise, MSF déploie désormais des activités dans plusieurs villages frontaliers (Tiéré, Sanguela, Molobala et Soungoumba) et prend en charge les enfants de moins de 15 ans, les femmes enceintes ainsi que les victimes de violences, notamment sexuelles.
L’accès à l’eau potable : un autre défi vital
Au-delà de la médecine, le dérèglement climatique et la baisse des financements des acteurs humanitaires spécialisés dans l‘eau et l’assainissement ont considérablement détérioré les conditions de vie. Face à ce constat, MSF a intégré la distribution d’eau potable à ses interventions.
En 2025, nos équipes ont fourni près de 19 millions de litres d’eau aux réfugiés de Koro et réhabilité cinq forages dans les communautés enclavées de Nampala et de Koutiala.
« Avant, nos puits se tarissaient et l’eau n’était pas de bonne qualité. Cela nous rendait malades », témoigne Djénebou Berthé, habitante de Sougoumba, où un forage a été réhabilité en avril.
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