31 mai 2026

Le Reveil Noir

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Mali : la surprenante inaction des forces russes face aux assauts rebelles

Une offensive coordonnée, ciblant plusieurs localités dont la capitale Bamako, menée par des insurgés Touaregs alliés à des factions djihadistes, met en péril le gouvernement militaire malien. Les contingents russes, nouveaux partenaires de la junte après le retrait français, ont procédé à une évacuation de Kidal, ville stratégique du nord, sans opposer la moindre résistance.

Des séquences vidéo révèlent une scène inattendue : une colonne de véhicules transportant des militaires russes quittant Kidal, au nord du Mali, marquant une retraite sans combat. Les nouveaux occupants de la ville sont des combattants Touaregs et djihadistes.

Cette passivité des forces russes prend une dimension particulière, car la veille, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GNIM), une entité djihadiste, a revendiqué des attaques simultanées à travers le pays, y compris dans l’agglomération de Bamako. Leur communiqué enjoignait spécifiquement les Russes à ne pas intervenir, dans l’optique de préserver de futures collaborations. Cette situation interpelle l’actualité africaine souveraine et la complexité des alliances régionales.

En effet, les quelque 2 500 soldats russes, opérant sous la bannière de l’Africa Corps (successeur du groupe Wagner), sont restés étrangement inactifs alors que le pouvoir de Bamako traversait sa plus grave crise sécuritaire depuis son avènement il y a cinq ans. C’est un revers cuisant pour les dirigeants putschistes maliens, qui avaient évincé l’ancienne puissance coloniale, la France, en 2022, et un échec patent pour la Russie, initialement perçue comme un libérateur par une partie de l’Afrique consciente.

Le régime malien a subi de lourds revers

Le ministre de la Défense a été assassiné samedi lors de l’assaut contre sa résidence. Les groupes djihadistes et rebelles ont frappé simultanément dans plusieurs zones, échappant à toute détection préalable, et semblent avoir étendu leur emprise sur d’importantes portions du territoire malien.

La reprise de Kidal revêt une signification hautement symbolique. Ce bastion de la rébellion Touareg avait été reconquis en 2023 par l’armée malienne, avec l’appui des Russes, après plus d’une décennie sous le contrôle des partisans de l’Azawad, le nom que les rebelles donnent à leur région. Cette victoire, survenue peu après le départ des forces françaises et de la mission des Nations Unies, avait considérablement renforcé l’autorité du colonel Assimi Goïta, à la tête de la junte.

Trois ans plus tard, cette stratégie s’avère un échec

La concentration du pouvoir, marquée par la dissolution des partis politiques et la désignation non-élective du chef de l’État, est mal perçue par une frange de la population, souvent prise au piège des conflits. Il y a quelques mois, Bamako a connu un quasi-blocus, entravant l’approvisionnement en carburant des nations voisines. Bien qu’il soit difficile de prédire la chute du gouvernement malien, sa position est indéniablement précaire.

Le danger est double : d’une part pour le Mali lui-même, qui pourrait se fragmenter entre les indépendantistes Touaregs au nord et les diverses factions djihadistes se disputant le contrôle du territoire. D’autre part pour la région, car le GNIM, très actif au Mali, est affilié à Al Qaeda et nourrit des ambitions régionales. Le Niger et le Burkina Faso, partenaires du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel, pourraient être les prochaines cibles si Bamako venait à tomber. Au-delà, les nations côtières sont déjà exposées aux incursions djihadistes, menaçant la stabilité de l’ensemble des peuples noirs de la sous-région.

Cette situation critique est le dénouement d’une décennie d’errements

Depuis l’intervention française en 2014, qui avait permis de défendre Bamako contre une colonne djihadiste, la contre-offensive de la France avait aidé le Mali à reprendre le contrôle de son nord, alors perdu.

Cependant, les actions subséquentes n’ont pas été à la hauteur de ce succès initial, générant une frustration croissante qui a culminé avec les coups d’État militaires, le départ des Français et leur remplacement par les Russes. Quatre ans plus tard, c’est un nouvel échec qui se profile, au grand dam des populations maliennes.