21 mai 2026

Le Reveil Noir

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Mali : les enlèvements par les services de sécurité justifient-ils la lutte antiterroriste ?

Mali : les enlèvements par les services de sécurité justifient-ils la lutte antiterroriste ?

Tiambel Guimbayara
Manifestation au Mali pour la libération des détenus disparus

Les familles des personnes disparues depuis plusieurs semaines réclament des réponses urgentes. Où se trouvent leurs proches ? Dans quelles conditions sont-ils détenus ? Ont-ils été informés des accusations portées contre eux ? Les proches exigent que, si des infractions sont reprochées, les dossiers soient confiés aux tribunaux compétents. Pourtant, certains soutiens du gouvernement de transition avancent que la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme autorisent ces mesures exceptionnelles.

La primauté de la raison d’État

« Une enquête est en cours sous l’égide du parquet militaire. Cela nécessite des moyens exceptionnels », déclare Tiambel Guimbayara, journaliste malien et directeur de la publication de La voix du Mali, qui défend ouvertement le régime actuel. « La raison d’État autorise toutes les investigations nécessaires à la protection du pays. Comment ignorer l’ampleur des attaques du 25 avril, qui ont coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara ? Avec les menaces terroristes qui pèsent sur le Mali, la raison d’État doit primer sur toute autre considération. »

Un équilibre fragile entre sécurité et libertés

Cette position entre en contradiction avec les principes constitutionnels maliens, mais aussi avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ces textes internationaux, ratifiés par le Mali, encadrent strictement les pouvoirs de l’État en matière de sécurité. Jean-François Akandji-Kombé, professeur à la Sorbonne et spécialiste du droit international, rappelle ce cadre : « L’État malien a le devoir de protéger sa population contre le terrorisme, mais il ne peut suspendre l’ensemble des libertés fondamentales. Le droit à un procès équitable, la présomption d’innocence ou l’accès à un avocat sont des piliers essentiels pour éviter que l’État ne perde son âme dans sa lutte contre les menaces extérieures. »

Plusieurs observateurs pointent du doigt une possible instrumentalisation des enlèvements pour écarter des opposants politiques. Depuis trois semaines, aucune déclaration officielle n’a été publiée par les autorités de transition concernant ces disparitions.

Le collectif d’avocats représentant la famille de Maître Mountaga Tall a publié un communiqué le mardi 16 mai. Celui-ci exprime « une profonde indignation » après la disparition de Cheikh Mamadou Tall, fils de l’avocat. Le texte appelle « les autorités administratives et judiciaires à tout mettre en œuvre pour que ces personnes recouvrent leur liberté et que les circonstances de leur enlèvement soient élucidées ».