28 avril 2026

Mali : vaccination contre le vph, une révolution pour la santé des femmes

Mali : vaccination contre le VPH, une révolution pour la santé des femmes

Depuis son lancement en novembre 2024, la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) au Mali a marqué un tournant décisif dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus. En un an seulement, plus de 145 000 filles de 10 ans ont été protégées grâce à ce vaccin gratuit, offrant une avancée majeure pour des générations de femmes maliennes. Entre défis logistiques, mobilisation communautaire et overcoming des réticences, cette campagne redéfinit la prévention dans le pays.

À Bamako, dans le quartier de Korofina, une séance de sensibilisation rassemble mères et jeunes filles. Amin Dem, sage-femme, témoigne des progrès réalisés : « Au début, il y avait beaucoup de réticences. Les filles et les parents avaient peur. Mais avec l’information, les choses ont changé. » Le principal obstacle ? Une rumeur persistante accusant le vaccin de nuire à la fertilité. « Quand on explique bien, surtout dans leur langue, elles comprennent », ajoute-t-elle.

Un vaccin à dose unique, un atout pour le Mali

Introduit grâce au schéma à dose unique, ce vaccin offre une protection complète en une seule injection. Entre janvier et septembre 2025, près de 145 000 filles ont été vaccinées, dont plus de 113 000 scolarisées et 32 400 non scolarisées. Pourtant, les autorités insistent sur la nécessité d’intensifier les efforts pour toucher les populations les plus vulnérables, souvent en marge des campagnes classiques.

Pour le Dr Ibrahima Téguété, gynécologue-obstétricien au CHU du Point G, cette initiative s’inscrit dans les objectifs 90-70-90 de l’OMS : vacciner 90 % des filles contre le VPH, dépister 70 % des femmes à deux âges clés, et traiter 90 % des cas de lésions. « C’est une grande satisfaction. Enfin, nous agissons en prévention primaire », souligne-t-il. Il reste cependant conscient des limites du système : « Nous n’avons qu’une seule unité de radiothérapie. Atteindre le dernier “90” sera difficile. »

La société civile, un pilier de la campagne

À Bamako, l’ONG Solidaris223 a joué un rôle clé dans la sensibilisation. « Nous sommes intervenus dans toutes les communes. Les mamans venaient spontanément nous demander où vacciner leurs filles », raconte Amina Dicko, présidente de l’association. Au Centre Djiguiya, 70 filles internes ont reçu leur dose sans aucun effet secondaire, selon sa directrice, Mme Togo Mariam Sidibé.

Les adolescentes comme Awa expriment leur soulagement : « J’avais peur de l’aiguille, mais c’est passé vite. Je suis contente, ça nous protège pour plus tard. » Pour le Dr Téguété, ces initiatives illustrent une volonté collective : « Les premières dotations ont été utilisées très rapidement. »

Désinformation et défis logistiques

Malgré les avancées, les rumeurs sur les effets du vaccin persistent. « Certains prétendent qu’il rend stérile. C’est totalement faux », dément le Dr Téguété. Amin Dem observe au quotidien ce changement de perception : « Aujourd’hui, certaines mamans viennent d’elles-mêmes demander le vaccin. »

Fannata Dicko, dont la belle-mère est décédée des suites de cette maladie, incarne cette prise de conscience : « J’ai vacciné ma fille pour éviter qu’elle ne subisse ce que j’ai vu. »

Les obstacles ne se limitent pas aux idées reçues. « Entre Mopti et Gao, les routes sont parfois impraticables », explique le Dr Téguété. Pour contourner ces difficultés, certaines dotations sont acheminées par avion vers les chefs-lieux de région.

Le vaccin est entièrement gratuit pour toutes les filles de 10 ans, une mesure rendue possible grâce aux partenariats entre l’État malien et des organisations comme Gavi. Cette gratuité garantit un accès équitable, même dans les zones les plus reculées. « Si nous maintenons cet effort, nous pourrons vacciner toutes les filles de 9 à 14 ans dans quelques années », espère le spécialiste.

Un espoir tangible, malgré les défis

Les efforts de prévention ne sont pas nouveaux. Entre 2016 et 2022, le programme Weekend 70 a permis d’augmenter le taux de dépistage du cancer du col de 15 % à plus de 70 % dans le district de Bamako. Cependant, la désinformation reste un frein majeur. « Ce que les gens ne connaissent pas, ils le craignent. Il faut continuer à expliquer, informer, dialoguer », insiste le Dr Téguété.

Il salue aussi l’implication des leaders religieux, dont le soutien a rassuré de nombreuses familles. « Bamako n’est pas le Mali, mais c’est un bon indicateur de ce que nous pouvons accomplir ensemble », souligne-t-il. Amin Dem confirme cette dynamique : « Avant, on nous demandait pourquoi parler de ce cancer ici. Aujourd’hui, les gens viennent chercher des réponses. »

Pour les professionnels de santé et les associations, le vaccin contre le VPH représente bien plus qu’une simple injection : c’est le début d’une transformation profonde pour la santé des femmes au Mali. Comme le rappelle le Dr Téguété, « Derrière chaque fille vaccinée, c’est une femme sauvée. »

Des dizaines de jeunes filles brandissent leur carnet de vaccination après avoir reçu la dose unique contre le VPH. Crédit : Centre Djiguiya, Bamako