11 septembre 2026

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Maroc : le collège d’Azrou, creuset d’une élite berbère inattendue

Maroc : le collège d’Azrou, creuset d’une élite berbère inattendue

Lycée Tarik Ibn Ziad in 2010, formerly the Collège Berbère d'Azrou. Morocco, Azrou.

Un établissement né d’une vision coloniale aux conséquences imprévues

Conçu sous le Protectorat français pour incarner une « politique berbère », le collège d’Azrou avait une mission bien précise : former une génération de cadres amazighs francophones, loin des influences nationalistes de Fès ou de Rabat, destinés à servir l’administration et l’armée. Pourtant, l’histoire a pris un tournant radical. De ses salles de classe sont sortis des figures majeures de l’indépendance marocaine, des ministres, des gouverneurs, des magistrats… et pas moins de treize généraux. Certains ont servi Mohammed V puis Hassan II, d’autres ont été emportés par les tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Plongez dans le récit de cet établissement hors du commun, à travers l’essai de Mohamed Benhlal et les récits de ses anciens élèves.

Au cœur des montagnes du Moyen-Atlas, à Azrou, se dresse un bâtiment dont l’histoire reflète les paradoxes du Maroc contemporain. Le collège d’Azrou, aujourd’hui connu sous le nom de lycée Tarik Ibn Ziad, incarne à lui seul les ambitions et les échecs d’une stratégie coloniale ambitieuse.

Une institution conçue pour servir un dessein colonial

Au début du XXe siècle, le Protectorat français au Maroc cherchait à consolider son emprise sur le territoire. Pour ce faire, il misa sur une approche subtile : diviser pour mieux régner. La « politique berbère », théorisée dès 1930, visait à isoler les populations amazighes des foyers nationalistes urbains, comme Fès ou Rabat, en leur offrant une éducation francophone et une formation technique. Le collège d’Azrou fut le premier maillon de cette stratégie.

Ouvert en 1927, l’établissement devait produire des cadres dociles, francophones et éloignés des mouvements indépendantistes. L’objectif était clair : créer une élite berbère inféodée à l’administration coloniale, capable de gérer les territoires ruraux sans susciter de remous politiques. Pourtant, cette vision se heurta rapidement à une réalité bien différente.

De l’éducation coloniale à l’émergence d’une conscience nationale

Les élèves du collège d’Azrou, loin de se contenter d’un rôle subalterne, ont rapidement transcendé les attentes de leurs formateurs. Parmi eux, des figures emblématiques de l’indépendance marocaine ont émergé. Des ministres, des gouverneurs, des magistrats et même treize généraux ont foulé les bancs de cet établissement. Certains ont servi avec loyauté les sultans Mohammed V puis Hassan II, tandis que d’autres ont été impliqués dans les tentatives de coup d’État des années 1970.

Cette métamorphose s’explique en partie par l’environnement intellectuel et social dans lequel évoluaient les élèves. Contrairement aux intentions initiales, le collège d’Azrou est devenu un lieu de brassage culturel et politique. Les élèves, issus de différentes régions du Maroc, ont échangé des idées, forgé des solidarités et développé une conscience collective bien au-delà des clivages coloniaux.

L’héritage d’un établissement aux multiples visages

L’histoire du collège d’Azrou ne se limite pas à sa dimension politique. Elle illustre aussi la résilience et l’adaptabilité d’une institution éducative face aux bouleversements historiques. De simple outil de la colonisation, il s’est transformé en creuset de l’élite marocaine, jouant un rôle clé dans la construction de l’État indépendant.

L’essai de Mohamed Benhlal, Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959, ainsi que les témoignages des anciens élèves, offrent un éclairage unique sur cette période charnière. Ils révèlent comment une initiative coloniale a, contre toute attente, contribué à forger l’identité moderne du Maroc.

Aujourd’hui, le lycée Tarik Ibn Ziad perpétue cette mémoire. Ses murs, imprégnés d’histoire, rappellent que l’éducation est un levier puissant, capable de façonner des destins individuels et de redéfinir le cours d’une nation.