La localité de Say, au Niger, a été le théâtre d’une tragédie le mercredi 8 avril, lorsqu’une embuscade orchestrée par des combattants du Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur le fleuve Niger a coûté la vie au capitaine Maman Ada Sahabi, commandant du groupement de gendarmerie de Say, ainsi qu’à au moins deux de ses hommes. Plus d’une journée après cette attaque dévastatrice, le corps de l’officier supérieur se trouvait toujours à bord de l’embarcation, dérivant sans qu’une opération de récupération n’ait pu être mise en œuvre par les autorités.
D’après des informations émanant de sources sécuritaires locales, le capitaine Sahabi effectuait une mission de vérification de renseignements, accompagné de quatre gendarmes. Cette patrouille fluviale coïncidait avec le jour de marché hebdomadaire à Say. Aux alentours de 17 heures, leur vedette a subi des tirs intenses provenant des rives du fleuve, dans une zone particulièrement sensible située entre les régions de Tillabéri et Dosso.
L’assaut a été fatal pour au moins trois gendarmes, dont le capitaine, tués sur le coup. Alors que le corps de l’officier est demeuré à bord de la vedette, ceux de deux autres militaires ont été emportés par les courants du fleuve. L’embarcation continuait sa dérive, les forces de sécurité déployées sur place hésitant à intervenir par crainte d’engins explosifs improvisés (IED) ou d’une seconde embuscade.
Un officier dévoué et un pilier de la sécurité locale
Le capitaine Maman Ada Sahabi, âgé d’une quarantaine d’années, dirigeait le groupement de gendarmerie de Say depuis plus de cinq ans. Reconnu comme un élément clé du dispositif sécuritaire dans cette zone frontalière stratégique, il était profondément engagé dans la lutte contre les groupes armés terroristes (GAT) actifs dans la région du Liptako-Gourma. Sa disparition survient dans un contexte d’escalade des attaques contre les patrouilles, qu’elles soient fluviales ou terrestres, dans la région de Tillabéri, un épicentre historique de l’activité du JNIM et de l’État islamique au Sahel (EIGS).
La polémique autour de la gestion des dépouilles
Au-delà de la violence de l’attaque, ce qui suscite l’indignation et de vives interrogations est l’abandon apparent du corps de cet officier supérieur pendant plus de 24 heures. L’absence d’instructions claires de la part de la hiérarchie a empêché toute opération de récupération, une situation difficilement compréhensible tant pour les hommes sur le terrain que pour les habitants de Say.
« Comment peut-on laisser le corps de son commandant dériver sur le fleuve comme ça ? C’est un manque de respect total pour ceux qui se battent », a confié, sous le sceau de l’anonymat, un membre des forces de sécurité.
Pour de nombreux observateurs, cet événement symbolise un commandement hésitant, souvent perçu comme incapable d’honorer rapidement ses morts. Une pratique qui, selon plusieurs voix critiques, se serait malheureusement banalisée depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
La valeur des sacrifices militaires dans le Niger de la transition
Cette affaire relance avec acuité le débat sur la reconnaissance et la valeur accordée aux sacrifices des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) dans le cadre de la lutte antiterroriste, sous l’actuel régime militaire dirigé par le général Abdourahamane Tiani. Malgré les communiqués officiels faisant état d’opérations couronnées de succès et de « terroristes neutralisés », les zones considérées comme « rouges » (Tillabéri, Tahoua, Dosso) continuent d’enregistrer des pertes régulières.
La persistance des embuscades fluviales souligne la capacité d’adaptation des groupes jihadistes, qui tirent parti de la porosité des frontières et de la mobilité offerte par le fleuve Niger. Les familles des militaires disparus au front, les survivants et les populations des régions les plus exposées expriment une frustration grandissante, confrontés à un décalage entre le discours souverainiste ambiant et une réalité de terrain marquée par une insécurité chronique et une gestion parfois chaotique des opérations militaires.
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