11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Paul Biya de retour au Cameroun : la fin d’une absence prolongée relance le débat national

©KIRILL KUKHMAR / TASS HOST PHOTO AGENCY/ HANDOUT/EPA/MAXPPP - epa10774383 A handout photo made available by TASS Host Photo Agency shows Cameroonian President Paul Biya meeting with Russia's President Vladimir Putin, during the Second Summit 'Russia-Africa' Economic and Humanitarian Forum in St.Petersburg, Russia, 28 July 2023. The Second Summit Economic and Humanitarian Forum 'Russia-Africa' takes place from 27 to 28 July at the Expoforum congress-exhibition center in St.Petersburg. EPA-EFE/KIRILL KUKHMAR / TASS HOST PHOTO AGENCY/ HANDOUT --MANDATORY CREDIT-- HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES (MaxPPP TagID: maxnewsfrfive208493.jpg) [Photo via MaxPPP]

Paul Biya, figure emblématique de la politique camerounaise et doyen des chefs d’État en exercice à l’échelle mondiale, a effectué son retour à Yaoundé ce jeudi 20 août. Cette arrivée marque la fin d’une absence de plus de deux mois, une période qui a ravivé de vives discussions au sein du pays concernant sa capacité à diriger le Cameroun, une préoccupation récurrente dans l’actualité africaine.

Le président camerounais, âgé de 93 ans et en fonction depuis 1982, avait quitté la capitale le 7 juin dernier. Son départ était alors qualifié par la présidence de « court séjour privé en Europe ». Des informations concordantes indiquaient qu’il se trouvait à Genève, en Suisse, entouré de sa famille et de ses collaborateurs les plus proches.

Après 73 jours passés hors du territoire national, Paul Biya a salué la foule présente à l’aéroport de Yaoundé depuis la fenêtre entrouverte de son véhicule, qui le menait vers le palais d’Etoudi, sa résidence officielle. Il était accompagné de son épouse, Chantal Biya. Plusieurs dizaines de militants du parti au pouvoir s’étaient rassemblés pour l’accueillir dans une atmosphère festive, certains arborant des pagnes à l’effigie du chef de l’État.

La santé de Paul Biya, habitué des séjours réguliers à Genève, est fréquemment au cœur de rumeurs persistantes, souvent démenties par les autorités. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait formellement nié son hospitalisation dans une clinique genevoise, en réponse à diverses allégations.

Cette absence prolongée et sans précédent a intensifié le débat sur l’inertie perçue du pouvoir camerounais, provoquant une vague de critiques acerbes de la part de l’opposition. Celle-ci a dénoncé un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique », d’autant que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président est attendue depuis de longs mois, soulevant des questions essentielles sur la souveraineté et la continuité de la gouvernance.

Un « spectacle » politique ?

Gilles Owono, un enseignant de 30 ans présent à l’aéroport pour le retour du président, a tempéré les inquiétudes : « Pour une démocratie comme la nôtre, il est normal qu’une absence prolongée d’un président suscite des interrogations. Mais cela n’a rien changé au fonctionnement du pays, qui a continué à fonctionner. »

En fin juillet, James Fame Ndongo, cadre influent du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, avait déjà réfuté les accusations de vacance du pouvoir. Il avait alors affirmé que « où il se trouve, le chef de l’État suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent (…) ses collaborateurs ».

Cependant, ces absences répétées depuis plus de deux décennies continuent d’alimenter une profonde frustration chez de nombreux Camerounais. Prosper Nkou Mvondo, leader du parti d’opposition Univers, a vivement critiqué la situation : « Cela ne change rien qu’il soit là ou pas. Quand il est là, il ne fait rien. Je ne pense donc pas qu’il soit nécessaire de participer à ce spectacle. »

La dernière réélection de Paul Biya à un mandat précédent, contestée par l’opposition, avait été marquée par des manifestations réprimées dans le sang, le gouvernement ayant reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans fournir de bilan précis. Ces résultats avaient également suscité une certaine réserve au sein des chancelleries occidentales.

Ce long séjour hors du Cameroun a également alimenté les spéculations concernant l’« après-Biya », accélérant la course à sa succession. Le processus reste cependant entouré d’un épais brouillard. En l’absence de nomination d’un vice-président, la Constitution prévoit que le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, assurerait l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps d’organiser une élection présidentielle.