15 juin 2026

Le Reveil Noir

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Pipeline Tchad-Cameroun : une manne financière en hausse pour Yaoundé

Le Cameroun a enregistré un record de 12,2 milliards de FCFA de droits de transit sur le pétrole tchadien acheminé via le pipeline Tchad-Cameroun au cours des quatre premiers mois de l’année 2026. Selon les dernières données communiquées par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), ce montant représente une hausse de 1,2 milliard de FCFA par rapport à la même période en 2025, soit une progression de 11 %. Cette performance s’explique par le transport de 16,1 millions de barils de brut tchadien à travers le territoire camerounais pendant cette période.

une artère vitale pour l’économie tchadienne

Avec ses 1 080 kilomètres, le pipeline relie les gisements pétroliers du sud du Tchad au terminal d’exportation de Komé-Kribi, situé sur la côte camerounaise. Cette infrastructure, mise en service au début des années 2000 sous l’égide d’un consortium pétrolier dirigé initialement par ExxonMobil, constitue le seul corridor d’exportation viable pour le brut tchadien. En effet, sans accès direct à la mer, N’Djamena dépend entièrement de cette artère pour écouler sa production sur les marchés internationaux.

Pour le Cameroun, cette position géographique stratégique se traduit par un flux budgétaire régulier. Chaque baril transitant par son territoire génère un droit de transit de 1,321 dollar, reversé au Trésor public. Cette manne financière, bien que modeste à l’échelle mondiale, représente une source non négligeable de revenus pour Yaoundé, dans un contexte où le pays cherche à compenser le déclin de sa propre production d’hydrocarbures.

une redevance en progression constante depuis 2013

Le montant actuel des droits de transit résulte d’une série de négociations engagées en 2013. À l’origine, le tarif unitaire avait été fixé à 0,41 dollar par baril, un niveau jugé insuffisant par les autorités camerounaises au regard des risques environnementaux et logistiques encourus. Sous la pression de Yaoundé, un mécanisme de révision quinquennale a été instauré, conduisant à deux augmentations successives en 2013 et 2018, portant ainsi la redevance à son niveau actuel.

En l’espace de quinze ans, la rente unitaire a été multipliée par plus de trois. Cette hausse progressive a permis au Cameroun d’aligner les conditions financières du transit sur les standards observés dans d’autres corridors pétroliers africains, comme le système BTC en Asie centrale ou les arrangements en vigueur sur l’oléoduc tchado-camerounais voisin du COTCO. Cependant, la prochaine révision tarifaire, initialement prévue pour le 1er octobre 2023, tarde à se concrétiser.

une revalorisation 2023 toujours en attente

D’après le calendrier convenu entre les parties, une nouvelle hausse des droits de transit aurait dû entrer en vigueur dès le 1er octobre 2023. Pourtant, plus de deux ans après cette échéance, aucun communiqué officiel n’a été publié pour confirmer la conclusion des discussions ou acter une éventuelle augmentation. Ce retard suscite des interrogations, d’autant que les autorités camerounaises ont récemment multiplié les déclarations sur l’optimisation de leurs recettes pétrolières.

Plusieurs éléments pourraient expliquer ce blocage. La situation politique et économique du Tchad, marquée par la transition post-Déby et des tensions budgétaires à N’Djamena, réduit la marge de manœuvre des négociateurs tchadiens. Par ailleurs, la production pétrolière tchadienne a connu des variations notables, ce qui pourrait inciter les opérateurs à privilégier une stabilité tarifaire pour préserver la rentabilité des champs en déclin. Du côté camerounais, l’enjeu est différent : maximiser les revenus d’une infrastructure dont la durée de vie utile est limitée.

Dans l’attente d’une décision, la dynamique actuelle profite directement au budget de l’État camerounais. Si le rythme observé sur le premier quadrimestre 2026 se maintient, les recettes annuelles liées au droit de transit pourraient dépasser les 35 milliards de FCFA cette année. Ainsi, le pipeline Tchad-Cameroun s’impose comme l’un des actifs stratégiques générateurs de devises pour Yaoundé, aux côtés du gaz de Kribi et des exportations agricoles. À ce jour, aucune information officielle n’a été rendue publique concernant l’issue des négociations tarifaires en cours avec la partie tchadienne.