24 avril 2026

Pourquoi la stratégie du Togo face au Sahel pourrait se retourner contre lui

Un vieux proverbe suggère que pour partager un repas avec le malin, une cuillère d’une longueur exceptionnelle est indispensable. En se positionnant comme le défenseur discret des juntes militaires regroupées au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le gouvernement de Lomé s’engage sur une voie périlleuse. À force de tenter de dompter l’instabilité environnante, le Togo s’expose à un danger majeur : celui de passer du statut d’hôte privilégié à celui de cible privilégiée.

Le mirage d’une protection diplomatique

Depuis que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont basculé dans une ère de transitions militaires, le Togo s’est érigé en médiateur incontournable. Sous une apparence de réalisme politique, Lomé a accueilli les représentants des régimes putschistes, s’éloignant délibérément de la ligne de conduite fixée par la CEDEAO. Cette approche repose sur un postulat risqué : l’idée qu’une forme de neutralité bienveillante envers les militaires pourrait garantir une immunité contre l’insécurité transfrontalière.

Les autorités togolaises semblent convaincues qu’en ménageant les dirigeants de Bamako ou de Ouagadougou, elles parviennent à sécuriser leurs régions septentrionales. Cependant, l’histoire montre que l’extrémisme violent ne s’arrête pas aux frontières, même si des accords tacites sont passés dans les sphères diplomatiques. En affaiblissant la cohésion régionale, le Togo fragilise involontairement sa propre défense contre une menace qui ignore les pactes de non-agression.

Une vision diplomatique fragmentée

La stratégie actuelle de Lomé privilégie les relations bilatérales au détriment de la sécurité collective. En prenant ses distances avec l’Initiative d’Accra et ses alliés côtiers comme le Bénin ou la Côte d’Ivoire, le pays crée une faille dans le bouclier régional. On ne peut espérer stopper un incendie à sa porte tout en soutenant ceux qui attisent les flammes chez les voisins.

Ce choix du cavalier seul est trompeur. Les groupes armés terroristes qui sévissent au nord du pays n’agissent pas sur ordre des régimes sahéliens. Ils tirent profit de l’effritement de l’autorité étatique dans le Sahel — une situation que la diplomatie togolaise contribue à normaliser — pour progresser vers le Golfe de Guinée.

Les répercussions d’une rupture régionale

En privilégiant la rupture avec les instances régionales au profit de l’intégration, le Togo s’isole. Les conséquences commencent déjà à se faire sentir :

  • Un isolement sécuritaire : La collaboration et l’échange de renseignements avec les pays voisins s’amenuisent, rendant les forces armées moins réactives face aux incursions.
  • Une perte de confiance : En cherchant à plaire à toutes les parties, le pays risque de perdre sa crédibilité auprès de ses partenaires historiques.
  • Une fragilité politique interne : Soutenir des modèles de transition sans fin peut, à terme, encourager des velléités similaires sur le plan national.

La nécessité d’une prise de conscience

Il est impératif que Lomé réalise que la gestion de la crise sahélienne ne peut se limiter à une opportunité d’influence diplomatique. Le Sahel est une zone de turbulences extrêmes, pas un terrain de jeu politique. En servant de caution aux ruptures de l’ordre constitutionnel au sein de l’AES, le Togo ne fait qu’accentuer le risque d’une contagion de l’instabilité.

Les groupes radicaux et les régimes en difficulté ne connaissent que la loi des intérêts immédiats. Le Togo, perçu comme un voisin accueillant, pourrait rapidement devenir une proie si les ressources sahéliennes venaient à manquer. En voulant servir de passerelle, le pays s’expose à devenir le terrain de passage d’une crise généralisée.