24 mai 2026

Le Reveil Noir

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Romuald wadagni prend les rênes du Bénin : entre développement et défis diplomatiques

Romuald Wadagni, qui célébrera ses 50 ans le mois prochain, a officiellement entamé son mandat présidentiel de sept ans, renouvelable. La cérémonie de prestation de serment s’est déroulée dimanche matin au palais présidentiel de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Comme lors des précédentes investitures, aucun chef d’État étranger n’avait été convié à cet événement sobre.

Son élection, survenue le 12 avril, s’était déroulée sans grande surprise. Face à lui, seul Paul Hounkpè, une figure de l’opposition dont le parti, les Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), a depuis rejoint la majorité présidentielle, s’était présenté. Le principal parti d’opposition, les Démocrates, n’avait pas pu participer au scrutin, faute d’un nombre suffisant de parrainages, et traverse actuellement une période de crise interne.

Suite à son investiture, le nouveau président, Romuald Wadagni, a prononcé un discours. Il a d’abord rendu un vibrant hommage à son prédécesseur avant de réaffirmer les engagements clés de sa campagne électorale. « Le sens d’une croissance nationale se trouve dans sa capacité à transformer visiblement la vie quotidienne de nos populations », a-t-il souligné.

S’adressant spécifiquement à la jeunesse béninoise, M. Wadagni a déclaré : « Aux jeunes du Bénin qui rejettent les fatalités du passé et aspirent à réussir sur leur propre terre grâce à leur travail, je veux affirmer ceci : le Bénin croit en vous et vous offrira les opportunités de concrétiser vos ambitions. »

Décrispation diplomatique avec le Niger

Romuald Wadagni est attendu pour poursuivre l’ambitieux programme de développement économique du Bénin, initié sous la précédente administration, et dans lequel il a joué un rôle prépondérant en tant qu’ancien ministre des Finances. Cependant, il devra également faire face à l’épineux défi sécuritaire dans le nord du pays, où des groupes jihadistes recrutent au sein de la population et sont responsables de violences récurrentes.

« Le Bénin ne cédera ni à la peur ni au laxisme. L’État fera preuve de fermeté face à toute menace qui pèse sur notre cohésion et notre sécurité », a affirmé M. Wadagni dimanche, lançant un appel à une collaboration étroite avec les nations voisines.

Sur le plan diplomatique, ce dirigeant réputé francophile aura la tâche de resserrer les liens de son pays avec ses voisins sahéliens. Le Niger figure en tête de liste, aux côtés du Burkina Faso et du Mali, des nations dirigées par des juntes souverainistes qui ont marqué leur distance avec l’Occident et qui accusent régulièrement le Bénin de visées déstabilisatrices. Un signe de décrispation est apparu dimanche avec la présence remarquée du Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, largement applaudi. Le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères, marquant une étape positive dans cette actualité africaine souveraine.

Les premières décisions de M. Wadagni en matière de libertés publiques seront scrutées avec une attention particulière. Son prédécesseur avait été accusé d’un virage autoritaire, notamment avec l’incarcération de plusieurs figures de l’opposition. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a d’ailleurs exhorté cette semaine Romuald Wadagni à « inscrire la promotion de la liberté de la presse parmi les priorités » de son mandat et à œuvrer pour la libération des journalistes emprisonnés.

Conformément à une réforme constitutionnelle qui harmonise tous les scrutins nationaux et locaux la même année, le Bénin entre à présent dans une période de plus de six ans sans élection.

Issu d’une lignée d’intellectuels – son père, Nestor, était un économiste béninois de renom, et sa mère, une entrepreneure –, « RoW », comme l’appellent ses partisans, est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays, non loin du Togo. Il revendique une forte attache à son terroir, n’hésitant pas à rappeler qu’il possède une exploitation agricole dont il n’a jamais perdu le contact.

Sa carrière a débuté loin du Bénin. Après des études en finance à l’École Supérieure de Commerce de Grenoble en France, il a suivi une formation à Harvard aux États-Unis, puis a rejoint le prestigieux cabinet Deloitte. Il y est devenu associé, supervisant notamment les opérations africaines du cabinet. En avril 2016, quelques mois avant ses 40 ans, le président nouvellement élu, Patrice Talon, lui a confié les rênes du ministère de l’Économie et des Finances pour mettre en œuvre un ambitieux programme de réformes.

Sous sa direction, le Bénin a assaini ses finances publiques, ramenant le déficit à 3% du PIB, soit une division par trois. Le pays s’est également engagé dans de vastes projets d’infrastructures et a modernisé son économie. En 2021, lors de sa réélection, M. Talon a renouvelé sa confiance en M. Wadagni, le promouvant même au rang de ministre d’État.

Une présidence sous le signe de la continuité

La croissance économique a été au rendez-vous, dépassant les 6% en moyenne sur la dernière décennie, faisant du Bénin un élève modèle plébiscité par les investisseurs internationaux en Afrique de l’Ouest. L’analyste politique Franck Kinninvo estime que, en tant que président, M. Wadagni « s’inscrira dans la continuité de ce qui a été réalisé ».

Cependant, la gouvernance d’un pays ne se limite pas au développement économique. Le président devra également faire face aux violences jihadistes qui affectent lourdement l’armée dans le nord du pays. Son entourage confirme que le président Talon l’avait associé à toutes les décisions sécuritaires prises ces dernières années et l’avait adoubé pour lui succéder.

Durant sa campagne, il a bénéficié du soutien des deux principaux partis de la majorité, et a même rallié certains opposants. « C’est un rassembleur », confie un proche. Lucien Fayomi, un militant qui le soutient, avance que « certains lui reprochent une discrétion politique relative, mais cela peut aussi être une force dans un contexte où la sobriété et l’efficacité sont recherchées. Pour nous, Wadagni incarne une nouvelle génération de leadership, moins dans le discours et plus dans l’impact concret. »