14 mai 2026

Romuald wadagni : un nouveau départ pour le Bénin sous haute tension

Benin Finance Minister and ruling coalition’s presidential candidate Romuald Wadagni speaks during his investiture ceremony at Parakou’s Municipal Stadium in Parakou, on October 4, 2025. (Photo by Yanick FOLLY / AFP)

Romuald Wadagni, nouveau président du Bénin : un mandat chargé d’enjeux

Avec 94,27 % des voix, Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle du 12 avril au Bénin, face à son adversaire Paul Hounkpè, qui a salué son succès et appelé à l’unité nationale. La Cour constitutionnelle a validé un taux de participation record de 63,57 %, en hausse par rapport aux 50,17 % de 2021.

Cette victoire marque la cinquième alternance démocratique depuis la Conférence nationale de 1990. Dans une Afrique de l’Ouest où les mandats présidentiels prolongés alimentent les tensions, le respect par l’ancien président Patrice Talon de la limite constitutionnelle de deux mandats renforce la stabilité institutionnelle du pays.

Une élection sous surveillance : entre succès et irrégularités mineures

Le scrutin s’est déroulé dans le calme, malgré quelques incidents isolés et localisés, comme des soupçons de bourrage d’urnes. La Commission électorale, la Cour constitutionnelle et les observateurs internationaux ont conclu que ces irrégularités n’ont pas compromis la crédibilité du processus. La Cour a d’ailleurs invalidé 34 596 voix en raison d’anomalies.

Paul Hounkpè, représentant d’un parti aux résultats modestes (4,78 % aux législatives de janvier 2026, 6,65 % aux locales et 11,37 % à la présidentielle de 2021), n’a pas constitué une réelle menace pour la majorité présidentielle.

Wadagni, architecte de la croissance économique, face à l’inégalité sociale

Ancien ministre des Finances pendant dix ans, Romuald Wadagni est reconnu comme l’un des principaux artisans de la performance économique du Bénin sous Talon. Le taux de croissance annuel du PIB est passé de 1,8 % en 2015 à près de 8 % en 2025.

Pourtant, malgré cette dynamique, 40,1 % des Béninois vivent toujours sous le seuil de pauvreté. C’est pourquoi le nouveau président a fait de la croissance inclusive la pierre angulaire de son programme 2026-2033, axé sur trois priorités : le bien-être social, une économie diversifiée et la cohésion nationale.

Un paysage politique verrouillé et une opposition en crise

Les réformes constitutionnelles et électorales récentes ont profondément transformé le jeu politique. L’introduction d’un quota de parrainage de 15 % des députés et maires, votée en mars 2024, a notamment restreint l’espace civique. Résultat : la principale formation d’opposition, Les Démocrates, n’a pas pu participer à la présidentielle.

L’opposition, déjà affaiblie par des crises internes (comme le départ de l’ancien président Boni Yayi en mars 2026), pourrait rester exclue du processus électoral jusqu’en 2040 si les règles ne sont pas assouplies.

La Constitution de novembre 2025 prévoit un « pacte de responsabilité républicaine » entre le gouvernement et les partis, sous l’égide du Sénat, pour favoriser le dialogue. Cependant, ce cadre doit servir à renforcer la démocratie, et non à étouffer le débat politique.

Sécurité et diplomatie : les défis majeurs de Wadagni

Le Bénin doit faire face à des menaces terroristes persistantes dans le nord et à des relations tendues avec certains voisins, notamment le Burkina Faso et le Niger. La tentative de coup d’État du 7 décembre a rappelé la fragilité des acquis démocratiques.

Romuald Wadagni a adopté un discours conciliant envers ses partenaires régionaux, soulignant la nécessité d’une coopération renforcée pour lutter contre les groupes armés. Cependant, la reprise des échanges dépendra aussi de la volonté politique des autorités de Niamey et de Ouagadougou.

Le vide sécuritaire créé par la rupture des partenariats régionaux ne fait que renforcer les groupes terroristes, mettant en péril la stabilité des trois pays.

Un exécutif bicéphale en perspective ?

La création d’un Sénat en novembre 2025, doté de prérogatives étendues (examen des lois, seconde lecture des textes), pourrait entraîner des frictions institutionnelles. Une éventuelle nomination de Patrice Talon à sa tête institutionnaliserait une forme de cohabitation politique.

Pour éviter les tensions, Wadagni devra rapidement engager un dialogue national avec les forces vives du pays. L’objectif : évaluer les réformes contestées, corriger leurs lacunes et bâtir des compromis pour garantir l’adhésion populaire tout en préservant l’État de droit.

Son succès dépendra de sa capacité à concilier croissance économique, inclusion sociale et stabilité politique, dans un contexte régional aussi complexe que prometteur.