14 juillet 2026

Le Reveil Noir

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Services de santé pour les communautés nomades du Tchad : une révolution sanitaire en marche

Une avancée majeure pour les familles nomades du Tchad

N’Djamena, Tchad – Dans le campement de Mandjafa, en périphérie de la capitale, Afia a bravé les distances avec sa fille Fatma, âgée de seulement quatre mois, pour bénéficier des services intégrés spécialement conçus pour les communautés nomades. Pour cette mère de cinq enfants, ces interventions représentent une bouée de sauvetage pour la santé de sa famille : « Les vaccins protègent mes enfants. Dès qu’ils tombent malades, je les emmène immédiatement au centre de santé », confie-t-elle avec conviction.

Comme Afia, des milliers de familles nomades au Tchad dépendent de cette mobilité pour subvenir à leurs besoins, avec des troupeaux qui constituent la pierre angulaire de leur subsistance. Pourtant, leur mode de vie itinérant rend souvent inaccessible les structures de santé classiques. Ces communautés, qui représentent environ 3,5 % de la population nationale, font désormais l’objet d’une attention particulière grâce à une approche innovante.

L’approche One Health : une stratégie gagnante pour les éleveurs et leurs familles

Pour pallier ces défis, le Gouvernement tchadien a adopté l’approche « One Health », une stratégie intégrée qui relie la santé humaine, animale, environnementale et agricole. Cette méthode a permis, lors d’une récente intervention à Mandjafa le 9 juin 2026, de toucher 134 bénéficiaires, dont 11 enfants, en combinant vaccination humaine et animale. Au total, 96 animaux ont été vaccinés, tandis que les familles ont également reçu des compléments en vitamine A, des traitements contre les parasites et des moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Le Pr Mahamat Béchir, Coordonnateur national « One Health » au ministère de la Santé publique et de la Prévention, explique l’origine de cette initiative : « Les études menées au début des années 2000 ont révélé un accès très limité à la vaccination dans certaines communautés nomades. Nous avons alors adapté nos stratégies à leur réalité quotidienne », précise-t-il. Les équipes sur le terrain ont en effet remarqué que les éleveurs sollicitaient régulièrement les services vétérinaires. En fusionnant les interventions humaines et animales, il est devenu possible de toucher davantage de familles en une seule campagne, tout en réduisant leurs déplacements.

Santé animale et humaine : une symbiose indispensable

Sur le terrain, cette approche a démontré son efficacité. Youssouf Idriss, éleveur installé près de Mandjafa et propriétaire de moutons, bovins et chameaux, témoigne : « Mes animaux sont notre source de vie. Ils nous nourrissent et assurent notre survie. Leur santé est donc une priorité absolue pour nous. » Pour les ménages pastoraux, la santé animale est directement liée aux revenus, à l’alimentation et au bien-être familial.

Raphaël Neni, agent vétérinaire au ministère de l’Élevage, accompagne ces campagnes depuis cinq ans : « Depuis que nous avons intensifié la vaccination, certaines maladies ont nettement reculé. Les éleveurs constatent eux-mêmes l’amélioration de la santé de leurs troupeaux », observe-t-il. Au-delà des bénéfices pour le bétail, ces interventions réduisent également les risques de transmission de maladies entre animaux et humains, renforçant ainsi la sécurité sanitaire des communautés.

Une collaboration multisectorielle pour des résultats concrets

Au niveau national, la plateforme One Health coordonne les actions des secteurs de la santé, de l’élevage, de l’environnement et de l’agriculture. L’objectif ? Renforcer la prévention, la surveillance et la réponse aux menaces sanitaires. Comme l’explique le Pr Béchir : « Les défis sanitaires ne peuvent plus être relevés par un seul secteur. Les maladies zoonotiques, les changements climatiques et les enjeux environnementaux exigent une collaboration étroite pour mieux protéger les populations. »

Le Dr Tamadji Mbaïhol, responsable de la vaccination de routine à l’OMS Tchad, souligne l’importance de cette approche : « Les communautés nomades sont habituées aux services de santé. Le vrai défi est de les atteindre là où elles se trouvent. Lorsque les interventions s’adaptent à leur mode de vie, leur participation est immédiate et massive. » Depuis près de vingt ans, il accompagne des activités sanitaires auprès de ces populations et constate leur engagement lorsque les services leur sont accessibles.

Cette capacité à regrouper plusieurs services en une seule intervention constitue l’un des atouts majeurs de l’approche One Health, particulièrement dans les zones où les déplacements sont fréquents. Au fil des années, cette initiative a reposé sur une collaboration étroite entre les ministères et divers partenaires techniques et financiers.

Le Pr Mahamat Béchir conclut : « L’accompagnement de l’OMS a permis de renforcer la plateforme One Health et de consolider la synergie entre les secteurs concernés. Aujourd’hui, nous avançons ensemble sur des priorités sanitaires communes. »

Alors qu’Afia prépare son retour vers son campement avec sa fille Fatma, elle partage un conseil simple mais précieux : « Quand un enfant est malade, il faut l’emmener sans tarder au centre de santé. Cela protège sa santé et celle de toute la famille. » À Mandjafa, l’approche One Health rapproche les services essentiels des communautés nomades, facilitant l’accès à des soins intégrés tout en préservant la santé des populations et de leurs troupeaux, essentiels à leur survie.