Le Bénin secoué par une tentative de coup d’État : qui sont les acteurs impliqués ?
L’instabilité politique frappe de plein fouet l’Afrique de l’Ouest, où plusieurs coups d’État récents ont ébranlé la région. Depuis le début des années 2020, le Sahel, la Guinée et la Guinée-Bissau ont été touchés par des prises de pouvoir militaires. Dans ce contexte tendu, le Bénin a frôlé une nouvelle crise ce week-end.
Les juntes au pouvoir au Burkina Faso, au Niger et au Mali ont rompu avec l’influence française, ancienne puissance coloniale, après leur arrivée au pouvoir. Face à cette instabilité régionale, la France a réagi en renforçant sa collaboration avec les pays voisins du Bénin.
Le président français, Emmanuel Macron, a mené une action diplomatique soutenue, incluant des échanges d’informations avec les dirigeants de la région. Il a notamment discuté avec le président béninois Patrice Talon, dont le mandat touche à sa fin, ainsi qu’avec les dirigeants du Nigeria et de la Sierra Leone, cette dernière assurant la présidence de la CEDEAO.
« La France a apporté un soutien politique complet à la CEDEAO, qui a joué un rôle clé ce week-end », a confié un conseiller de l’Élysée à la presse.
Cotonou sous tension : comment le coup d’État a-t-il été déjoué ?
Dimanche matin, un groupe de huit militaires a diffusé un message télévisé pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Une annonce qui a plongé la capitale économique, Cotonou, dans l’incertitude pendant plusieurs heures. Pourtant, le chef de l’État a rapidement assuré que la situation était sous contrôle.
Les affrontements entre mutins et forces loyales ont fait plusieurs victimes. Pour rétablir l’ordre, le Bénin a bénéficié de l’aide de son voisin le Nigeria, qui a mené des frappes aériennes sur la base de Togbin, située dans la capitale économique. Des troupes nigérianes ont également été déployées au sol pour reprendre le contrôle de cette position stratégique.
Dans la nuit de dimanche à lundi, la base a été reprise, marquant un tournant dans la crise. Mais l’incertitude persiste : le chef des mutins, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ainsi que certains de ses complices, restent en fuite.
La CEDEAO en alerte maximale : quelles mesures pour éviter une nouvelle crise ?
Dès dimanche soir, la CEDEAO a annoncé l’envoi de renforts militaires en provenance de quatre pays membres. L’objectif ? Préserver l’ordre constitutionnel et éviter une contagion des coups d’État dans la région. « Notre communauté est en état d’urgence », a déclaré mardi Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO.
Cette crise survient alors que la région fait face à une double menace : la propagation des groupes jihadistes et l’érosion de l’inclusivité électorale. Plusieurs États membres de la CEDEAO voient leurs processus démocratiques fragilisés, ce qui augmente les risques d’instabilité politique.
Une douzaine de militaires ont été arrêtés, mais les tensions persistent. Les chefs d’état-major libérés, le général Abou Issa et le général Faïzou Gomina, ont pu retrouver leurs fonctions après plusieurs heures de captivité.
Bénin : un tournant politique et économique sous Patrice Talon
Arrivé au pouvoir en 2016, Patrice Talon doit quitter la présidence en avril 2026 après deux mandats consécutifs, conformément à la Constitution. Bien que son bilan économique soit salué pour les progrès réalisés, il est critiqué pour avoir restreint les libertés démocratiques dans le pays.
Son dauphin, Romuald Wadagni, ministre des Finances et favori de l’élection présidentielle à venir, incarne la continuité. Pourtant, l’opposition, représentée par le parti des Démocrates, est exclue du scrutin. Les candidats de ce parti n’ont pas obtenu suffisamment de parrainages pour se présenter.
Thomas Boni Yayi, ancien président et actuel dirigeant des Démocrates (2006-2016), a condamné avec fermeté la tentative de coup d’État. « Je condamne avec la dernière rigueur cette attaque ignoble et sanglante », a-t-il déclaré, tout en réclamant des élections transparentes et libres.
« Les élections sont devenues un facteur majeur d’instabilité dans la région », a souligné Omar Alieu Touray, pointant du doigt la détérioration de l’inclusivité électorale dans plusieurs États membres de la CEDEAO.
Que retenir de cette crise au Bénin ?
- Le président Patrice Talon a assuré le contrôle de la situation après une tentative de coup d’État menée par des militaires.
- Le Nigeria a joué un rôle clé en soutenant le Bénin par des frappes aériennes et un déploiement de troupes.
- La CEDEAO a réagi en envoyant des renforts militaires pour préserver la stabilité régionale.
- Les élections à venir au Bénin suscitent des tensions, avec une opposition exclue du scrutin.
- La région fait face à une double menace : les coups d’État et l’essor des groupes jihadistes.
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