4 juin 2026

Le Reveil Noir

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Sud-Kivu : l’engagement de MSF face à l’urgence des déplacés et la crise sanitaire aiguë

Sud-Kivu : l’engagement de MSF face à l’urgence des déplacés et la crise sanitaire aiguë

La province du Sud-Kivu, située à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), est confrontée à une crise humanitaire d’une ampleur alarmante. Dans la ville de Baraka, l’instabilité persistante, alimentée par les conflits armés et l’état dégradé des infrastructures routières, entrave gravement l’accès aux services de santé essentiels. Face à des besoins colossaux, l’aide médicale et humanitaire actuelle se révèle dramatiquement insuffisante. Médecins Sans Frontières (MSF) se positionne comme l’une des rares organisations à œuvrer sans relâche sur le terrain pour soutenir les populations sinistrées.

L’intensification des conflits et ses conséquences sur les populations déplacées

Les affrontements récurrents entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23, ainsi que leurs alliés respectifs dans les Hauts plateaux de Fizi, ravivent des tensions intercommunautaires ancestrales. Cette recrudescence de la violence a entraîné de nouvelles vagues massives de déplacements de population. Le nombre d’individus déplacés dans la région a grimpé à près de cinq millions, dont 1,9 million dans les provinces du Sud-Kivu et du Maniema.

Faute de structures d’accueil adéquates, la grande majorité des personnes déracinées a trouvé refuge auprès de familles hôtes ou dans des camps de déplacés comme celui de Monge Monge. L’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux soins de santé de base demeure un défi de taille tant pour les résidents que pour les déplacés.

Le coût et l’éloignement des soins : un double défi pour les familles

Les conflits incessants dans la région ont privé de nombreuses familles déplacées de leurs moyens de subsistance. En réponse à cette situation critique, MSF adapte et renforce son offre de soins pour les communautés affectées par ces violences.

Ikupe Roger, 60 ans, a fui son village il y a un an et demi pour échapper aux hostilités. « Lorsque les combats ont éclaté, je suis parti avec ma femme et nos huit enfants afin de sauver nos vies », témoigne-t-il. « Mon principal souci aujourd’hui est de pouvoir rester à Baraka, malgré le climat de violence et d’insécurité. Avant l’arrivée de MSF, l’accès aux soins était presque inexistant. Payer plus de 100 000 francs congolais pour des soins est hors de portée ». Pour subvenir aux besoins de ses enfants, il s’adonne à l’agriculture, à la pêche et à un petit élevage de volailles. Malgré ces efforts constants, les conditions de vie restent extrêmement précaires.

« Privées de ressources, beaucoup n’ont plus la possibilité de payer le transport ni d’accéder aux soins de santé de base », explique Gianpietro Campedelli, coordinateur de projet de MSF à Baraka. En conséquence, de nombreux patients arrivent dans les structures de santé dans un état critique, souvent trop tard pour bénéficier de traitements vitaux.

Les civils, cibles des violences lors de leurs déplacements

Au-delà des blessures directement infligées par les combats, de nombreuses personnes subissent également des traumatismes et des lésions résultant d’agressions survenues durant leur fuite, particulièrement lorsqu’elles traversent des zones fortement instables.

Fatou, une femme de 40 ans, réside actuellement chez une famille d’accueil à Mwandiga. Elle a dû quitter son village de Makobola dans l’urgence la plus totale. « Pendant la fuite, j’ai été frappée par des hommes armés. Nous avons aussi été dépouillés de tout ce que nous avions. À notre départ, le village était désert, et tout ce que nous avons laissé derrière a été pillé », raconte-t-elle avec émotion.

MSF renforce le système de santé face aux épidémies et à l’afflux de blessés

À Baraka, les établissements de santé sont submergés par un triple défi : l’arrivée constante de blessés de guerre, des épidémies récurrentes de choléra et une recrudescence alarmante du paludisme. Face à cette accumulation d’urgences, les structures peinent à fournir une réponse adéquate.

Pour faire face à ces urgences, entre janvier et avril 2026, MSF a mis en place plusieurs actions :

  • Un soutien crucial à l’hôpital général de référence de Baraka par des approvisionnements médicaux et logistiques, ainsi que des formations pour le personnel soignant, afin d’améliorer la prise en charge des blessés ;
  • La prise en charge des frais de traitement des patients transférés souffrant de pathologies sévères, notamment les formes graves de paludisme, les infections respiratoires aiguës et les maladies diarrhéiques ;
  • Un appui à sept sites de soins communautaires pour la détection précoce des cas de paludisme, de pneumonie et de diarrhée.

Au total, 26 234 patients ont été soignés, dont 426 blessés de guerre, 16 574 pour le paludisme, 2 953 pour les diarrhées et 3 832 pour les pneumonies.

Nos équipes ont également joué un rôle essentiel dans la lutte contre les épidémies :

  • 1002 patients ont été traités au Centre de traitement du choléra (CTC) de Baraka, avec le soutien de MSF, depuis janvier ;
  • Des distributions de kits d’hygiène ont été organisées ;
  • L’installation de points de chloration et la réparation de pompes manuelles d’eau ont été effectuées à Baraka, Mwangaza et Mushimbakye ;
  • La distribution de 488 kits de produits essentiels (savon, couvertures, assiettes et moustiquaires) dans le camp de Monge Monge et de kits d’hygiène féminine auprès de 870 femmes dans le même camp.

Une mobilisation humanitaire élargie est impérative

Actuellement, nos équipes concentrent leurs efforts sur la santé reproductive et la prise en charge des survivantes de violences sexuelles au centre de santé de Baraka, tout en poursuivant leurs actions d’eau, d’hygiène et d’assainissement au sein du camp de personnes déplacées de Monge Monge.

Cependant, la situation demeure extrêmement préoccupante. Malgré les interventions en cours, les besoins dépassent largement les capacités de réponse disponibles. « La présence de MSF, bien qu’essentielle, ne suffit pas à couvrir l’ensemble des besoins. Une mobilisation des autres acteurs humanitaires est plus que nécessaire pour venir en aide aux populations toujours fortement exposées aux vulnérabilités sanitaires et sociales », conclut Gianpietro Campedelli, soulignant l’urgence d’une action collective renforcée.