4 juin 2026

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Taxe sur les téléphones au Cameroun : une barrière à l’ambition numérique du pays

taxe sur les téléphones au Cameroun : une barrière à l’ambition numérique du pays

Dans un contexte où les pays africains misent sur le numérique pour accélérer leur développement, le Cameroun adopte une mesure qui semble s’y opposer.

Armand Djaleu
||5 min de lecture

« partout où des pays ont réussi leur transition numérique, ils ont d’abord cherché à connecter le maximum de citoyens, à réduire le coût d’accès aux outils technologiques, et à faire du numérique un levier d’inclusion et de compétitivité économique. au Cameroun, l’inclusion numérique est désormais conditionnée au paiement d’une taxe. dans un pays où le revenu moyen ne permet pas toujours d’absorber ce type de surcoût, cette décision n’est pas neutre. elle a un nom : l’exclusion numérique organisée. »

Les discours officiels du gouvernement camerounais regorgent d’ambitions : transformation digitale, économie numérique, connectivité, innovation technologique. pourtant, une mesure concrète vient d’être annoncée : une taxe de 33,33 % sur la valeur des téléphones portables, allant de 1 670 f cfa pour un modèle d’entrée de gamme à 135 000 f cfa pour un smartphone haut de gamme. cette taxe s’applique simplement pour avoir le droit d’utiliser un appareil sur le territoire national.

Cette politique n’est pas une avancée pour le numérique. c’est son exact opposé.

un État qui taxe ce qu’il prétend vouloir promouvoir

Le téléphone portable est devenu un outil indispensable au quotidien pour des millions de Camerounais. il sert à l’étudiant pour suivre ses cours en ligne, au commerçant pour recevoir des paiements via mobile money, à l’agriculteur pour consulter les prix du marché, à l’artisan pour prospecter ses clients sur les réseaux sociaux, et au travailleur informel pour accéder aux services publics.

Pour une grande partie de la population, le smartphone n’est pas un luxe, mais le seul moyen d’accéder à l’économie numérique que l’État souhaite développer. taxer cet outil revient à facturer l’entrée sur le chantier même que les autorités prétendent construire.

une mesure incompréhensible dans un pays sans industrie locale

Ce qui rend cette décision particulièrement absurde, c’est le contexte industriel du Cameroun. le pays ne dispose d’aucune usine de fabrication ou d’assemblage de téléphones. il n’existe aucune alternative locale, et aucun projet industriel n’est en cours pour y remédier.

Les citoyens se retrouvent donc dans une situation sans issue : ils doivent importer leurs appareils, et sont désormais taxés pour les utiliser. aucune substitution n’est possible, aucune échappatoire n’existe. seule une charge supplémentaire est imposée à une population qui, pour beaucoup, peine déjà à accéder à des appareils de base.

Quand un État taxe une importation pour protéger une industrie locale, la logique économique peut être discutable, mais elle est compréhensible. quand il taxe sans alternative, sans industrie, et sans vision industrielle claire, il ne protège rien. il ponctionne simplement les ressources des citoyens.

et demain, ce sera au tour des ordinateurs portables ?

La question doit être posée publiquement, et rapidement. si la logique appliquée aux téléphones portables est maintenue, quels appareils seront taxés ensuite ? les ordinateurs portables ? les équipements de bureau ? à quel moment cette trajectoire fiscale s’arrêtera-t-elle ?

Si un téléphone portable, outil de base accessible au plus grand nombre, peut être soumis à une taxe de 33,33 %, rien ne garantit que les autres outils numériques ne subiront pas le même sort. chaque nouvelle taxe creusera davantage la fracture numérique entre ceux qui peuvent se connecter et ceux qui en sont exclus.

le Cameroun prend le chemin inverse du reste du monde

Alors que le monde entier cherche à réduire les barrières à l’accès au numérique, le Cameroun choisit d’en créer de nouvelles. un citoyen connecté est un citoyen productif. une population connectée est une économie compétitive. cette réalité est documentée dans chaque rapport sur le développement numérique en Afrique.

Rendre le téléphone portable plus cher, c’est rendre le Cameroun moins compétitif. et si demain cette logique s’étend aux ordinateurs portables, ce sera tout simplement renoncer à l’avenir.