Le 25 novembre 1998 restera à jamais gravé dans l’histoire du football français. Ce soir-là, le Racing Club de Lens, sous la direction de Daniel Leclercq, réalisait l’exploit : devenir le premier club français à s’imposer à Wembley face à Arsenal, champion d’Angleterre en titre. Trente ans plus tard, Guillaume Warmuz, l’ancien gardien légendaire des Sang et Or, partage les souvenirs intacts de cette soirée mythique.


L’immersion dans l’univers anglais : une clé psychologique
Dès leur arrivée à Londres, les joueurs lensois ont adopté une approche radicalement différente de celle habituellement réservée aux déplacements à l’étranger. L’objectif était clair : transformer l’environnement hostile en atout. « Dès notre installation à l’hôtel, en plein cœur de Londres, nous avons plongé dans la culture locale. L’idée était de profiter de ce moment unique, sans stress, comme si nous étions en vacances. Ce match à Wembley, c’était la récompense de notre titre de champion de France. Nous devions le savourer, sans complexe. »
La veille de la rencontre, Daniel Leclercq, surnommé « Le Druide », avait insisté sur la nécessité de se concentrer uniquement sur la performance. « Personne n’avait envie de quitter la pelouse après l’entraînement. Nous sentions que tout était en train de se mettre en place. Quand notre car a approché Wembley, une évidence s’est imposée : c’est ici, sous ces projecteurs, que l’histoire du football s’écrivait ce soir-là. C’était magique. »
Une stratégie audacieuse : jouer l’attaque en bloc
Le plan de jeu adopté par le RC Lens était pour le moins surprenant. Plutôt que de se replier en défense, l’équipe a choisi de jouer haut, en formant deux blocs distincts : cinq joueurs offensifs et cinq joueurs défensifs. Une tactique risquée, mais assumée par l’entraîneur. « Nous devions aller chercher Arsenal chez eux, sans subir. Leclercq nous a comparés à des boxeurs en combat, nous demandant de rentrer dedans. Pas de plan anti-Anelka ou anti-Overmars : notre force résidait dans notre zone défensive, notre agressivité et notre capacité à avancer. »
Cette organisation a permis aux Lensois de dominer physiquement et tactiquement. Frédéric Déhu, capitaine et défenseur central, s’est illustré par son sens de l’anticipation, couvrant une large partie du terrain. « Habituellement en trio, nous sommes passés à une charnière à quatre. Déhu couvrait le côté gauche avec un rayonnement exceptionnel, tandis que Cyrille Magnier gérait le droit. Alex Nyarko restait axial, et les milieux Cyril Rool et Mickaël Debève se projetaient sans relâche. »
Le rôle décisif de Guillaume Warmuz
En tant que gardien, Warmuz a dû s’adapter à une ligne défensive haute. « J’étais habitué à avoir mes défenseurs proches de moi. Là, ils étaient hauts, donc je devais monter pour couper les courses d’Anelka, Overmars ou Wreh dans leur dos. Mon intervention à la 6e minute sur Overmars a été déterminante : j’anticipe sa course, récupère le ballon et finis très haut, côté droit. »
Le moment le plus intense est survenu à la 31e minute. Nicolas Anelka, lancé dans le dos des centraux lensois, se retrouve face à Warmuz. « Je me rends compte que je vais être en retard, alors j’anticipe son geste. Je tacle côté gauche et lui prends le ballon dans les pieds. Si Anelka l’avait poussé un peu plus loin, c’était fini. »
Une première période sous tension
0-0 à la pause : la maîtrise lensoise
Dès les premières minutes, le RC Lens a imposé son rythme. « Nous jouions très haut, presque sur la ligne médiane. Mais le premier coup de chaud est arrivé après trois minutes : un centre arrive de ma gauche, Wreh contrôle de la poitrine et rate son tir. J’ai dû me ressaisir rapidement. » Malgré cette alerte, les Lensois ont maintenu leur pression. « Nous menions une guerre sur chaque ballon. Nos attaquants prenaient la profondeur, et la première frappe du match est venue de Smicer. »
Les supporters lensois, présents par milliers, ont mis une ambiance électrique dans les tribunes. « Nos fans ne s’arrêtaient plus de chanter. L’ambiance était folle, et nous, sur le terrain, nous sentions cette énergie collective. »

La mi-temps : un vestiaire sous contrôle
À 0-0, les Lensois quittaient le terrain sereins, mais conscients des ajustements nécessaires. « Dans le vestiaire, Leclercq nous a demandé de resserrer les lignes. Parfois, nous étions un peu trop espacés, ce qui permettait à Anelka de s’infiltrer. Il nous a aussi donné quelques consignes tactiques individuelles, mais rien de révolutionnaire. »
Warmuz se souvient d’une ambiance calme, mais électrique. « Tout le monde était survoltés, personne ne semblait fatigué. Leclercq nous a dit que nous faisions le match qu’il fallait et qu’il ne nous restait plus qu’à le faire basculer. De l’autre côté, les joueurs d’Arsenal se faisaient recadrer par leur entraîneur. Ils étaient piqués. »
La seconde période : l’assaut final
Le but lensois et la réaction anglaise
Dès la reprise, le RC Lens a continué à dominer. « Les Gunners étaient épuisés physiquement. Leur défense vieillissante, composée de Keown et Adams, avait du mal à suivre notre pressing. Pascal Nouma, Vladimir Smicer et Tony Vairelles leur posaient énormément de problèmes. »
Le tournant est arrivé à la 73e minute. Après une perte de balle, Tony Vairelles récupère le ballon et transmet à Wagneau Éloi, entré en jeu à la 61e. « Éloi centre depuis le flanc gauche, et Mickaël Debève, au second poteau, inscrit l’unique but du match. Quand nous marquons, la joie est collective, mais contenue. Il reste encore vingt-cinq minutes, et nous sommes à Wembley. Pas question de perdre la tête. »
La réaction d’Arsenal a été violente. « Les joueurs anglais voulaient nous tabasser. L’ambiance était électrique, nos supporters ne s’arrêtaient plus de chanter. Nous étions survoltés, eux, ils balançaient des longs ballons devant. La dernière occasion dangereuse est venue à la 89e minute : Overmars se retrouve face à moi en pleine surface. J’avance sur lui, il tente de me lober, mais rate son geste. Je capte le ballon. »

L’apothéose : un exploit unique dans l’histoire du football français
Quand l’arbitre a sifflé la fin du match, Warmuz était en état d’hypervigilance. « Je n’ai commis aucune faute technique ou tactique, je n’ai pris aucun but. Ce match, c’est le meilleur de ma carrière. La joie était indescriptible. »
Dans les vestiaires, la prise de conscience est immédiate : « Nous venions de réaliser quelque chose d’unique. Personne ne pourra jamais refaire ce que nous avons accompli ce soir-là. Arsenal jouait à Wembley pour des raisons de billetterie, mais nous, nous écrivions l’histoire. Deux équipes, devancées par le Dynamo Kiev, étaient éliminées à l’issue de cette phase de groupes. »
Le silence de Wembley
Après la douche, Warmuz est resté seul sur la pelouse. « Tout le monde était parti. Je voulais savourer ce moment. Je suis retourné sur le terrain, et c’est comme dans un film : les projecteurs s’éteignaient un à un, il ne restait que les petites lumières des tribunes. Il y avait un peu de brouillard, et j’étais là, tout seul dans Wembley. »
Assis sur les strapontins, il a pris dix minutes pour digérer l’instant. « C’est irréel. Pour un gamin de Blanzy, c’est inouï. Puis j’ai pris un moment pour remercier Dieu : « Non seulement j’ai gagné à Wembley, mais en plus, je suis le premier à l’avoir fait. Merci. » »
Trente ans plus tard, cette victoire reste gravée dans les mémoires. Pour Warmuz, elle représente bien plus qu’un exploit sportif : « C’est le plus beau moment de nos vies de joueurs. »
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