11 septembre 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

Alger face au Maroc : la course pour l’influence au Sahel

L’Algérie resserre ses liens avec le Mali et le Niger face à la montée en puissance du Maroc

Après des mois de tensions diplomatiques avec Bamako, Alger a choisi de tourner la page. Le rétablissement des relations avec le Mali et les avancées significatives avec le Niger illustrent une stratégie claire : redonner à l’Algérie une place centrale dans le Sahel, avant que le Maroc ne consolide son emprise économique et politique. Ces gestes, survenus au moment où Rabat renforce ses alliances avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), marquent un tournant dans la diplomatie régionale.

Le 10 juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, tandis que le Mali faisait de même à Alger. Une normalisation accompagnée de la réouverture des espaces aériens entre les deux pays, mettant fin à une crise de quinze mois. Mais ce rapprochement va bien au-delà d’une simple réconciliation : il s’agit pour Alger de retrouver une influence perdue dans une région où son rôle historique est désormais contesté. Le Mali, pilier de l’AES et voisin direct, était devenu le symbole de l’effritement de la diplomatie algérienne, après la rupture brutale entre les deux capitales.

Le Niger, nouveau terrain d’affrontement diplomatique et économique

Avec Niamey, les relations ont pris une dimension encore plus concrète. Le 9 août, l’Algérie a livré au Niger quatre hélicoptères militaires, dont deux Mi-24V de combat et deux Mi-171 de transport, accompagnés de munitions et de matériel de maintenance. Une semaine plus tard, le Premier ministre algérien se rendait à Niamey pour lancer le forage du puits Kafra Sud-Est 1, un projet pétrolier ambitieux mené en collaboration avec la Sonatrach et la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep).

Ces gestes s’inscrivent dans une dynamique plus large : « une convergence totale de vues », selon les termes du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga, qui a souligné le respect mutuel de la souveraineté et de la non-ingérence. Pour Alger, ces engagements ne sont pas anodins. Ils combinent sécurité, énergie et coopération économique, trois piliers essentiels pour retrouver une profondeur stratégique au sud de ses frontières.

Une rivalité algéro-marocaine qui redessine le paysage sahélien

Le retour en force d’Alger s’inscrit dans un contexte régional en pleine mutation. Les trois pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, se tournant vers de nouveaux alliés comme la Russie. Cette réorientation a créé un vide que le Maroc, avec sa diplomatie proactive, a su combler. Rabat mise sur une approche multidimensionnelle : investissements, infrastructures, formation religieuse et alliances politiques, tout en cultivant une image d’ouverture vers l’Atlantique.

Pour Alger, cette concurrence est une menace. Le Maroc a su exploiter le déclin de l’influence algérienne au Sahel, transformant ses revers en opportunités. Selon l’International Crisis Group, « le Maroc a tiré parti du déclin de l’influence de l’Algérie au Sahel ». La question n’est plus seulement celle de l’influence économique, mais aussi de la capacité des deux pays à rallier les capitales africaines à leur vision du dossier du Sahara. Une bataille où chaque gain compte pour Rabat, et où chaque perte pèse pour Alger.

Le Mali, un test pour la diplomatie algérienne

La normalisation avec Bamako est sans conteste le fait marquant de l’année pour Alger. La crise, qui avait atteint son paroxysme après la dénonciation par le Mali de l’accord de paix de 2015 et l’incident du drone détruit près de Tinzaouaten en 2025, semblait avoir scellé une rupture définitive. Pourtant, les deux pays ont choisi de tourner la page. Le retour des ambassadeurs et la réouverture des liaisons aériennes symbolisent cette volonté de reconstruire une relation, même fragile.

Cette réconciliation a été facilitée par le Niger, lui-même engagé dans un partenariat étroit avec Alger. Les deux pays ont qualifié leurs relations de « stratégiques et irréversibles », annonçant des projets dans l’énergie, la santé, les transports et les infrastructures. Le Mali, en revanche, reste un défi. Malgré la normalisation, les tensions persistent, notamment sur la question de la reconnaissance de la RASD, que Bamako a retirée le 10 avril en soutenant le plan d’autonomie proposé par le Maroc. Une décision qui rappelle que la rivalité algéro-marocaine dépasse les frontières du Sahel.

Une stratégie de rattrapage dictée par la perte d’influence

La politique algérienne actuelle est avant tout une réponse à la frustration. Après avoir perdu son rôle de médiateur au Mali, Alger tente de reprendre pied par tous les moyens : diplomatie, sécurité, énergie et économie. Le Niger est devenu le laboratoire de cette reconquête, tandis que le Mali en constitue le test diplomatique majeur. Le Burkina Faso, bien que moins médiatisé, complète ce dispositif.

Pourtant, cette approche reste fragile. Alger semble encore prisonnier d’une logique de réaction, où l’influence se mesure en termes de pertes ou de gains face au Maroc, plutôt qu’en termes de bénéfices concrets pour les pays du Sahel. Une puissance régionale se doit pourtant de proposer une offre propre, capable de séduire sans dépendre exclusivment de la rivalité avec son voisin. L’Algérie a encore du chemin à parcourir pour transformer cette phase de rattrapage en une véritable stratégie d’influence durable.