Au Sénégal, l’adoption en mars dernier d’une loi doublant les peines pour relations homosexuelles a plongé des milliers de personnes dans une situation d’urgence absolue. Entre rejet familial, arrestations arbitraires et montée des discours haineux, des centaines d’individus ont choisi l’exil comme seule issue.
Chérif*, 28 ans, fait partie de ceux qui ont fui le pays au début du mois de juin. « J’ai choisi de partir par peur d’être arrêté. Chaque jour, je vivais avec l’angoisse de voir mon nom apparaître dans les journaux ou sur les écrans de télévision. » Son récit illustre la situation dramatique vécue par des centaines de personnes depuis l’adoption de la nouvelle législation, qui porte désormais la peine maximale à dix ans de prison.
L’élément déclencheur de sa fuite ? L’arrestation très médiatisée d’un proche d’Ousmane Sonko, figure politique majeure du Sénégal et artisan de cette loi controversée. « Quand j’ai vu les détails de l’affaire dans la presse, j’ai su que mon tour viendrait. Mes échanges avec mon partenaire ont été effacés, mes photos supprimées. J’ai tout fait pour ne laisser aucune trace. »
Un climat de terreur généralisé
Au Sénégal, l’homosexualité était déjà fortement stigmatisée, mais cette nouvelle loi a transformé la clandestinité en une question de survie. Les familles, les voisins, les collègues de travail : personne n’est épargné. Les réseaux sociaux, la télévision et les mosquées amplifient chaque jour davantage les discours de haine. « On nous accuse de pervertir la jeunesse, de détruire les valeurs traditionnelles. Les appels à la violence se multiplient. »
Les associations locales, comme Stop Homophobie et SOS Homophobie, rapportent une hausse de 400 % des demandes d’aide depuis le mois de mars. Beaucoup envisagent une fuite vers la France, où l’asile est désormais leur seule chance de survie.
Des parcours semés d’embûches
Pour ceux qui parviennent à quitter le pays, le voyage est périlleux. Les passeports sont confisqués, les comptes bancaires gelés, et les contacts avec l’étranger surveillés. « Payer un passeur, c’est risquer de tomber sur des trafiquants. Se cacher dans un avion, c’est jouer sa vie. Mais rester, c’est signer son arrêt de mort. »
Les témoignages recueillis auprès de plusieurs fugitifs révèlent une même peur : l’impossibilité de vivre librement, même après l’exil. En France, les démarches pour obtenir l’asile s’avèrent longues et complexes, avec un taux de rejet élevé pour les dossiers liés à l’orientation sexuelle.
Une société en crise
Cette situation met en lumière les tensions profondes qui traversent le Sénégal. Entre modernité et traditions, entre droits humains et lois répressives, le pays semble s’enfoncer dans une impasse. « On nous demande de choisir entre notre vie et notre dignité. Mais personne ne devrait avoir à faire ce choix. »
Les défenseurs des droits humains alertent sur les conséquences à long terme de cette politique. L’exil massif des talents et des compétences aggrave la crise économique et sociale.
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