24 juillet 2026

Le Reveil Noir

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Au Sénégal, mariama sonko redonne le pouvoir aux femmes rurales

Mariama Sonko, l’agricultrice qui défie les traditions au Sénégal

Dans les terres fertiles de Niaguis, en Casamance, une figure s’impose comme symbole de résilience et d’émancipation : Mariama Sonko. Fille de paysanne, cette militante de 59 ans consacre plus de trois décennies à redonner aux femmes sénégalaises leur autonomie financière par l’agriculture et l’agroécologie. À la tête du mouvement panafricain Nous sommes la solution, elle fédère plus de 800 associations réparties dans huit pays d’Afrique de l’Ouest, unissant des femmes souvent analphabètes autour d’une cause commune : la souveraineté alimentaire et semencière.

Mariama Sonko lors du lancement du mouvement panafricain Nous sommes la solution au Togo en juillet 2026

Un combat né de l’injustice

Mariama Sonko a grandi dans l’ombre des champs de Casamance, bercée par les récits de sa grand-mère paysanne. Dès son plus jeune âge, elle observe l’inégalité criante qui frappe les femmes rurales : malgré leurs droits légaux, l’accès à la terre leur est presque systématiquement refusé. « J’ai vu la pression exercée sur les femmes, et cela m’a révolté », confie-t-elle avec passion. Cette révolte, elle la porte en elle comme une étincelle qui ne s’éteindra jamais.

Les épreuves personnelles ne font qu’amplifier son engagement. À la mort de son père, sa mère se retrouve seule face à la tâche colossale de nourrir dix enfants. Mariama, alors âgée de 19 ans, est contrainte d’interrompre ses études et d’affronter un mariage imposé par ses oncles, qui prônent un rôle traditionnel pour la femme. « Ils voulaient que je reste au foyer, mais je n’ai jamais baissé les bras », déclare-t-elle avec détermination. C’est cette même détermination qui la pousse à cultiver une parcelle de terre avec d’autres femmes, avant d’être expulsée trois ans plus tard. Un échec qui ne la décourage pas : au contraire, il renforce sa volonté de devenir propriétaire.

Une ferme expérimentale au service des femmes

En 2016, après des années de lutte, Mariama Sonko réalise son rêve : acquérir 3 hectares de terre près de Ziguinchor. Sur cette ferme expérimentale, elle applique les principes de l’agroécologie : pas de pesticides, utilisation exclusive de semences locales, et une gestion collective. Trente femmes y travaillent ensemble, partageant savoir-faire et revenus. « Aujourd’hui, plus de 100 femmes ont un compte bancaire et épargnent. Leurs activités secondaires leur permettent d’augmenter leurs revenus », explique-t-elle avec fierté. Cette autonomie financière est une révolution pour des femmes souvent marginalisées.

Mariama Sonko dans sa ferme agroécologique de Niaguis, près de Ziguinchor

Un mouvement panafricain pour la souveraineté semencière

Son engagement ne se limite pas aux frontières du Sénégal. En tant que présidente du mouvement Nous sommes la solution, Mariama Sonko parcourt l’Afrique de l’Ouest pour fédérer des associations locales autour de l’agroécologie et de la préservation des semences traditionnelles. Aujourd’hui, le mouvement compte 800 associations dans dix pays, réunissant près de 200 000 femmes, dont beaucoup sont analphabètes. « Je suis fière de voir les progrès accomplis », confie-t-elle lors de ses déplacements.

Pour Mariama Sonko, la souveraineté alimentaire passe inévitablement par l’autonomisation des femmes rurales et la reconquête d’un capital semencier local. « Si nous ne nous organisons pas, nous risquons de devenir des étrangers dans notre propre pays. Le travail que nous menons vise à reconstituer ce patrimoine semencier essentiel à la vie et à l’avenir de l’Afrique », martèle-t-elle. Son combat est aussi une réponse à la dépendance aux multinationales, qu’elle dénonce sans relâche.

Des résultats tangibles

Grâce à son action, des centaines de femmes au Sénégal et au-delà ont pu accéder à la terre, obtenir des revenus stables, et transmettre leurs savoirs. Mariama Sonko incarne ainsi une Afrique consciente de son potentiel, où les femmes ne sont plus des spectatrices mais des actrices majeures du développement rural. « Demain, l’Afrique sera ce que nous en ferons aujourd’hui », conclut-elle avec conviction.