11 septembre 2026

Le Reveil Noir

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Bandiagara : la CNDH somme l’État malien d’assumer ses devoirs

Alors que le centre du Mali s’enlise dans une escalade de violences, la prise de position de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) à la suite des frappes meurtrières de Ningari et Sarédina met en lumière les failles profondes de la politique sécuritaire des autorités de transition.

Le mirage du contrôle territorial et l’abandon des civils

La déclaration de la CNDH, portée par sa présidente par intérim, Me Aissata Founè Tembely, constitue un sévère avertissement au pouvoir en place à Bamako. En martelant que la sauvegarde des personnes et de leurs biens relève de l’« obligation régalienne première » de l’État, l’institution dresse un constat accablant d’inefficacité sur le terrain.

Dans la région du Pays Dogon, le déficit de sécurité, dû à l’absence ou à la passivité des forces étatiques, expose les habitants aux exactions des groupes armés. Pendant que le discours officiel se focalise sur la souveraineté nationale et la maîtrise de l’information, le pacte social unissant l’État aux citoyens du centre est rompu. La véritable souveraineté ne se juge pas à la vigueur des déclarations à Bamako, mais à la capacité concrète de protéger la vie d’un paysan ou d’un commerçant à Ningari.

L’impunité installée et la litanie des enquêtes sans résultats

Comme à chaque tragédie, la CNDH exige l’ouverture de procédures « indépendantes et impartiales » afin de traduire les responsables en justice. Mais quelle créditude accorder à ces appels dans un système judiciaire paralysé dans les zones de conflit ?

La répétition des massacres sans qu’aucun jugement d’ampleur ne vienne établir les responsabilités nourrit un profond sentiment d’impunité. À défaut de poursuites effectives, ces demandes d’enquête s’apparentent à un rituel administratif visant à combler un vide institutionnel. Une justice défaillante sape la confiance des populations et les pousse inévitablement vers des mécanismes d’autodéfense ou des alliances opportunistes, fragmentant davantage le tissu social.

Le piège de l’approche exclusivement militaire et les entorses au droit humanitaire

En exhortant les Forces armées maliennes (FAMa) à se conformer strictement au Droit International Humanitaire (DIH), la CNDH met en garde contre les dérives d’une stratégie sécuritaire sans garde-fous. Dans leur lutte contre les terroristes, les militaires et leurs supplétifs sont fréquemment accusés par la société civile de commettre des amalgames et des bavures contre les populations locales.

Cette méthode, qui privilégie les résultats chiffrés et les effets d’annonce plutôt qu’une protection durable, produit l’effet inverse de celui escompté. Chaque exaction ou exécution sommaire devient un puissant levier de recrutement pour les mouvements extrémistes. En rappelant que la contre-insurrection ne saurait se passer du respect des droits fondamentaux, la CNDH avertit : une victoire militaire acquise au mépris du droit n’est qu’une chimère qui prépare les contestations futures.

Le message de la CNDH est sans équivoque. Si les autorités de transition persistent à favoriser la posture politique et la communication sécuritaire au détriment d’une protection concrète, équitable et judiciaire de leurs citoyens, le Mali risque de perdre bien plus que des territoires : il perdra la légitimité même de son institution étatique.