17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Blocus de Bamako : Amnesty international alerte sur les droits des civils au Mali

Le Mali fait face à une crise humanitaire et sécuritaire aggravée depuis que les groupes armés ont instauré un blocus de Bamako. Depuis le 30 avril, plusieurs axes routiers menant vers la capitale sont bloqués, isolant des millions de personnes dépendantes des importations par voie terrestre. L’ONG Amnesty International vient de tirer la sonnette d’alarme sur les répercussions de cette mesure.

Depuis deux semaines, le Jnim soumet Bamako à un blocus en réduisant les entrées dans la capitale malienne

Une crise humanitaire aux conséquences dramatiques

Dans un communiqué rendu public, Amnesty International souligne que ce blocus de Bamako prive les habitants de leur droit fondamental à la libre circulation. Les civils paient le prix fort de cette mesure : accès limité aux denrées alimentaires, pénuries de carburant et difficultés accrues pour se déplacer. Les populations du centre du Mali subissent également les conséquences de cette stratégie.

L’ONG pointe du doigt une attaque récente contre un convoi civil non protégé entre Bamako et Bougouni, dans le sud. Les véhicules, transportant des fruits et non escortés par l’armée, ont été pris pour cible. « Ces actes violent le droit international humanitaire et mettent en péril la sécurité des Maliens », précise l’organisation.

Transport routier paralysé, économie asphyxiée

Le secteur du transport routier est particulièrement touché. Plus d’une dizaine de compagnies ont suspendu leurs liaisons vers et depuis Bamako, aggravant la paralysie économique. Les prix des denrées flambent, comme en témoigne une habitante de Gao : « Le kilo d’oignon a doublé en quelques jours ». La méfiance s’installe parmi les populations, qui ne savent plus à quelle autorité se fier.

En lien avec ce blocus, plus d'une dizaine de compagnies de transport routier ont annoncé en début de semaine avoir suspendu leurs liaisons au départ et à destination de Bamako.

Kidal sous tension : coupures et affrontements

À Kidal, ville contrôlée depuis fin avril par les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et leurs alliés du Jnim, la situation se dégrade. L’armée malienne annonce des frappes aériennes imminentes pour reprendre le contrôle. Une habitante locale confirme des coupures d’électricité et des communications téléphoniques difficiles, plongeant la région dans l’incertitude.

Les séparatistes touareg déclarent détenir 200 militaires maliens capturés lors d’affrontements fin avril. Les exactions se multiplient, et les écoles ferment en masse : plus de 2 300 établissements sont actuellement inactifs, principalement dans le nord et le centre du pays.

Zones sous emprise djihadiste : Ségou et Koulikoro

Des sources locales révèlent que des zones entières du centre du Mali, comme la rive gauche du fleuve Niger dans la région de Ségou et une partie de Koulikoro, sont désormais sous l’autorité du Jnim. Dans ces territoires, l’administration malienne n’a plus aucune présence, laissant les populations sous la coupe des groupes armés qui prélèvent des taxes et imposent leur loi.

Vers un dialogue impossible ?

Les analystes s’interrogent sur l’avenir du Mali. Pour certains, comme Hervé Lankoandé Wendyam, spécialiste des dynamiques politiques ouest-africaines, « le Jnim cherche à étendre son influence en s’emparant de villes, tandis que le centre du pays devient un terrain de confrontation plus intense ». Abdoulaye Sounaye, chercheur au Leibniz-Zentrum Moderner Orient, estime que « les forces en présence se préparent à une reprise des hostilités », avec des civils en première ligne.

La solution d’un dialogue national est régulièrement évoquée. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le gouvernement malien doit ouvrir des négociations avec toutes les composantes du pays pour éviter une crise permanente. » Pourtant, Bamako refuse catégoriquement tout échange avec le FLA et le Jnim, qu’il qualifie de groupes terroristes. Ironiquement, des négociations secrètes ont déjà eu lieu pour faciliter l’approvisionnement en carburant, révélant les contradictions du pouvoir.

L'armée malienne dit avoir procédé à des frappes sur la ville de Kidal contrôlée par les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA)

Les observateurs restent pessimistes : « Tôt ou tard, ces forces devront s’asseoir à une table pour éviter une guerre sans fin », prédit Abdoulaye Sounaye. Mais pour l’heure, le blocus de Bamako et les combats persistent, laissant les Maliens dans une impasse inquiétante.