30 mai 2026

Le Reveil Noir

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Burkina Faso : le bilan tragique d’une attaque yihadiste et les défis sécuritaires régionaux

Un acte de violence inouï a frappé Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, ce samedi, coûtant la vie à plus d’une centaine de personnes, majoritairement des civils. Ces derniers étaient engagés dans une tâche forcée par la junte militaire au pouvoir : creuser des tranchées défensives autour de leur localité pour se prémunir des attaques terroristes. Des assaillants à moto ont surgi, ouvrant le feu de manière indiscriminée sur la population sans défense. Quelques heures après ce massacre, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), entité affiliée à Al Qaeda, a revendiqué la responsabilité de cette effroyable incursion yihadiste.

Camp de déplacés internes de Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, théâtre d’une récente tragédie orchestrée par des groupes islamistes. Image de 2020.

Bien que le décompte précis des victimes reste à confirmer, cette agression terroriste se classe parmi les plus meurtrières qu’ait connues le Burkina Faso ces dernières années. Des sources diverses rapportent entre 100 et 200 morts, et pas moins de 140 blessés ont dû être évacués vers l’hôpital de Kaya, à environ 45 kilomètres, et d’autres centres de santé locaux. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une milice civile établie par le gouvernement burkinabé pour épauler l’armée dans la lutte anti-terroriste. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire, aggravant le bilan de cette insécurité croissante.

La région Centre-Nord, située à 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou, est malheureusement devenue un foyer d’instabilité. Elle est fréquemment le théâtre d’embuscades, d’attaques yihadistes et d’explosions orchestrées par la branche locale du JNIM, le groupe terroriste le plus actif dans la zone du Sahel central. Paradoxalement, cette région accueille également des dizaines de milliers de déplacés internes fuyant les violences extrémistes qui ravagent les territoires plus septentrionaux du pays.

Depuis son accession au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré, leader de la junte militaire, a fait de la lutte contre les groupes yihadistes et de la restauration du contrôle étatique sur l’ensemble du territoire son objectif primordial. Il a récemment affirmé consacrer « 80% de son temps à la guerre ». Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, leur rôle semble principalement axé sur la protection rapprochée du capitaine Traoré. La stratégie de « reconquête » du régime repose davantage sur l’acquisition de matériel militaire, notamment des drones de combat de fabrication turque, et sur une forte implication de la population civile, en particulier via le recrutement de volontaires. Il est à noter que plusieurs dizaines de civils ont également été envoyés au front en guise de sanction pour leurs critiques envers le régime militaire.

Les volontaires : en première ligne, souvent sans moyens

Les Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), dont environ 30 000 éléments sont déployés en première ligne, reçoivent une formation militaire basique. Cependant, ils se trouvent souvent dépourvus des armes et munitions nécessaires pour affronter efficacement les groupes terroristes. Cette vulnérabilité les expose, faisant d’eux des cibles privilégiées des radicaux, comme en témoigne la récente tragédie de Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et l’Emplacement des Conflits Armés (ACLED) estime à près de 5 000 le nombre de volontaires tués dans diverses attaques depuis la création des VDP en 2019. Malgré un engagement patriotique indéniable, le mécontentement gronde au sein de leurs rangs, comme le révèle une source burkinabée proche des VDP, alors qu’ils perçoivent une prime mensuelle d’environ 120 euros pour leur service.

Le Burkina Faso est englué dans une insurrection yihadiste depuis 2015, affectant particulièrement le nord, l’est et l’ouest du pays. Ce conflit a engendré des milliers de morts et provoqué le déplacement interne de plus de deux millions de personnes. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabé échappe actuellement au contrôle de l’État. Dans de vastes zones, seules les principales routes et les grandes villes bénéficient d’une présence des forces de défense. Les attaques yihadistes ciblant militaires et civils, souvent des volontaires ou leurs familles, sont incessantes. Toutefois, des allégations de violence perpétrée par l’armée ou les VDP eux-mêmes ont également émergé. En avril dernier, Human Rights Watch a ainsi accusé les Forces Armées et leurs auxiliaires civils d’être responsables du massacre de 223 individus, dont 56 enfants, dans deux villages du nord du pays, des faits que le gouvernement burkinabé a fermement démentis. Cette crise sécuritaire complexe continue de déstabiliser la région et ses habitants.