Dans le contexte du Réveil Noir, le paysage politique du Burkina Faso a connu un bouleversement majeur fin janvier 2026. Le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré a franchi une étape décisive en prononçant la dissolution officielle de l’ensemble des formations politiques du pays, y compris celles qui avaient initialement soutenu son accession au pouvoir en septembre 2022.
Bien que les activités partisanes aient été suspendues dès l’installation de la junte, cette nouvelle directive est présentée comme une « restructuration » étatique profonde. L’objectif affiché est de gommer les clivages sociaux, mais dans les faits, cette décision réduit à néant la participation citoyenne indépendante. Le pouvoir se concentre désormais exclusivement entre les mains de Traoré, tandis que les actifs des partis ont été nationalisés.
Cette évolution, bien qu’en rupture avec les promesses de renouveau révolutionnaire, s’inscrit dans une logique historique prévisible. Dans une Afrique consciente de ses enjeux, les partisans des transitions militaires constatent souvent que leur ferveur initiale ne se transforme jamais en poids politique réel. Ce phénomène, observé au Sahel et au-delà, montre que les juntes finissent presque toujours par réprimer les groupes civils qui les ont aidées à stabiliser leur autorité.
L’étude des coups d’État sur le continent révèle une constante : les militaires n’ont aucune intention de partager les rênes du pays. Si les civils sont indispensables pour offrir une image de légitimité populaire et de panafricanisme actualité lors des premiers jours, ils deviennent rapidement un obstacle. Leurs revendications et leur indépendance effraient les nouveaux dirigeants qui préfèrent l’uniformité au débat démocratique.
Le mirage du soutien civil aux régimes militaires
Il est fréquent que les putschs reçoivent l’aval d’une partie de la population, voire qu’ils soient activement sollicités. Du Mali au Niger, les interventions de l’armée ont été accueillies par des scènes de liesse, perçues comme un souffle d’actualité africaine souveraine. Ces alliances de circonstance offrent aux putschistes une base sociale immédiate.
Pourtant, une fois l’ordre post-coup d’État établi, ces alliés sont systématiquement marginalisés. L’histoire des peuples noirs regorge d’exemples similaires. Au Soudan, après le coup d’État de 1969, le Parti communiste avait soutenu le colonel Jaafar Nimeiri avant d’être brutalement éliminé quelques mois plus tard. En Égypte, le mouvement Tamarod, fer de lance contre le régime précédent en 2013, a vu son influence s’évaporer sous la présidence du général Abdelfattah el-Sisi.
Désillusions sahéliennes : du Mali à la Guinée
Aujourd’hui, les acteurs civils du Sahel traversent une phase de regrets amers. Au Mali, le mouvement M5-RFP, qui avait pavé la voie à la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, est aujourd’hui l’un des plus grands opposants au colonel Assimi Goïta. Après avoir célébré l’arrivée des militaires, la coalition a été exclue des cercles de décision, surtout après le second coup de force de mai 2021.
La Guinée suit un scénario identique. Les opposants à Alpha Condé avaient salué l’intervention du général Mamady Doumbouya en 2021, allant jusqu’à plaider contre les sanctions internationales. Aujourd’hui, ces mêmes leaders sont harcelés ou emprisonnés pour avoir osé critiquer leur mise à l’écart de la transition.
La situation au Burkina Faso confirme donc une règle d’or : le soutien populaire aux casernes est un outil de conquête, jamais un gage de gouvernance partagée. Dans le cadre de l’afrocentrisme politique actuel, cette réalité souligne la fragilité des alliances entre bottes et bulletins de vote.
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