14 mai 2026

Burkina Faso : l’interdiction d’exporter le bétail menace les éleveurs à l’approche du ramadan

L’exportation de bétail interdite : une décision aux conséquences dramatiques pour les éleveurs

Avec l’avènement du Ramadan, les familles musulmanes du Burkina Faso se préparent à une période de dévotion et de consommation accrue. Pourtant, la mesure d’interdiction d’exportation du bétail, récemment renforcée par les autorités, plonge les éleveurs dans une situation critique. La Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes (BMCRF) a célébré, dans la nuit du 13 au 14 mai, la saisie de plusieurs remorques de bétail en transit. Une action saluée officiellement, mais qui masque une réalité bien plus sombre pour les acteurs locaux.

Derrière cette politique, censée préserver les prix sur le marché national, se cache un drame humain et économique. Le bétail, loin d’être une simple marchandise, représente pour les pasteurs et commerçants une source vitale de revenus. Or, en bloquant les exportations vers les pays voisins, où la demande est traditionnellement forte durant cette période, le gouvernement prive ces familles de leur principal moyen de subsistance.

Un paradoxe religieux et social lourd de conséquences

Le Capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État, partage la foi musulmane de la majorité de la population. Pourtant, la rigidité des mesures actuelles semble en totale contradiction avec les valeurs d’équité et de solidarité prônées par l’Islam. Alors que le Ramadan impose des obligations de partage et de générosité, les décrets en vigueur risquent de plonger des milliers de familles dans la précarité.

Pour de nombreux éleveurs, le bétail constitue l’épargne de toute une vie, mobilisée précisément pour répondre aux besoins financiers du Ramadan et de l’Aïd. En interdisant son exportation, le régime met en péril cette ressource essentielle, sans proposer aucune alternative viable.

L’illégalité comme seule échappatoire

Face à cette impasse, certains éleveurs n’ont d’autre choix que de recourir à des méthodes clandestines pour écouler leur production. La BMCRF évoque une hausse des tentatives d’exportation illégale, mais cette tendance reflète avant tout un désespoir croissant. Les producteurs se retrouvent pris au piège : vendre à perte sur un marché intérieur saturé ou risquer des sanctions en tentant de franchir les frontières.

Cette politique de fermeture totale interroge : est-il possible de bâtir une souveraineté alimentaire en étouffant financièrement ceux qui en sont les piliers ? Si la lutte contre les fraudes relève de la responsabilité de l’État, l’absence de mesures d’accompagnement, notamment pendant le Ramadan, risque d’aggraver une crise de confiance déjà profonde entre les populations rurales et le pouvoir en place.