Les producteurs de cacao camerounais font face à une période charnière. Entre fluctuations des cours mondiaux et enjeux locaux, leur quotidien oscille entre espoirs et incertitudes. Dans les plantations d’Ebebda, en région Centre, les familles s’interrogent sur l’avenir d’une filière qui a façonné leur existence depuis des générations.
Des récoltes en baisse, des revenus en tension
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après une campagne 2023-2024 marquée par une baisse de 15 % des rendements, les planteurs camerounais peinent à maintenir leur niveau de vie. Les causes ? Un climat capricieux, des intrants trop coûteux et des maladies comme la pourriture brune qui ravagent les cacaoyers. « Il y a dix ans, une tonne de cacao se vendait à 2 500 euros. Aujourd’hui, on peine à atteindre 2 000 euros », confie un agriculteur de la zone de Mbankomo.
Les coûts de production, eux, n’ont cessé d’augmenter. Engrais, pesticides et main-d’œuvre pèsent lourdement sur les budgets familiaux. Résultat : de nombreux petits producteurs réduisent les surfaces cultivées ou abandonnent carrément la filière pour se tourner vers des cultures vivrières ou d’autres activités.
La quête d’une meilleure rémunération
Face à cette situation, les acteurs du secteur réclament des mesures concrètes. Parmi les pistes évoquées :
- Une revalorisation des prix d’achat par les coopératives et les négociants ;
- Un soutien accru des pouvoirs publics pour moderniser les techniques culturales ;
- La création de filières de transformation locale pour capter une plus grande partie de la valeur ajoutée.
Certaines coopératives, à l’image de celle de Nkolbisson, ont déjà pris les devants en investissant dans des unités de séchage et de broyage. « Transformer le cacao ici, sur place, nous permettrait de gagner plus et de créer des emplois », explique le président de la structure.
L’ombre des grands groupes internationaux
Le Cameroun, 5e producteur africain de cacao, exporte l’essentiel de sa production brute vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Pourtant, les marges réalisées restent bien en deçà du potentiel du pays. Les grands groupes internationaux, qui contrôlent une grande partie de la commercialisation, imposent des prix souvent jugés désavantageux pour les producteurs locaux.
Des initiatives émergent pour contourner ce schéma. Des contrats directs avec des chocolatiers européens en quête de cacao éthique se multiplient. Ces partenariats, bien que marginaux, offrent une lueur d’espoir pour des milliers de familles.
Les défis restent immenses, mais l’engagement des planteurs camerounais et les innovations en cours pourraient bien redessiner l’avenir de cette filière emblématique.
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