16 juin 2026

Le Reveil Noir

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Cameroun : l’état centralise la collecte des impôts locaux

Le Cameroun recentre sa fiscalité locale sous l’autorité de l’État

Malgré les engagements en faveur d’une décentralisation accrue, le gouvernement camerounais vient de retirer aux communes l’autonomie de collecter leurs propres impôts et taxes. Désormais, cette mission revient à la Direction générale des impôts, avec pour objectif affiché de limiter les fraudes et de rationaliser la gestion fiscale. Une décision qui interroge sur l’équilibre entre contrôle central et autonomie locale.

Le palais présidentiel à Etoudi, symbole de l'autorité centrale au Cameroun.

Des communes en attente de moyens face à des besoins criants

Dans les communes de Doumaintang et Betaré-Oya, situées dans la région de l’Est du Cameroun, les populations attendent depuis des années des infrastructures dignes de ce nom : routes défoncées, accès aux villages rendu difficile par l’absence d’entretien, et un manque criant d’équipements publics. Pourtant, les promesses de décentralisation peinent à se concrétiser.

Une réforme controversée entre efficacité et autonomie

À Doumaintang, le maire Honoré Koumé soutient cette réforme, estimant qu’elle permettra de mettre fin aux dérives observées dans la collecte locale des impôts. « Les conflits entre agents communaux et commerçants, ainsi que les procédures mal maîtrisées, ont conduit à une évasion fiscale massive. La Direction générale des impôts, avec ses ressources et son expertise, est mieux armée pour y remédier », explique-t-il. Pour lui, cette centralisation est un gage de transparence et d’efficacité.

En revanche, à Betaré-Oya, le maire Nicolas Baba exprime des réserves. Selon lui, la décentralisation doit s’exercer depuis la base, et non être imposée par le haut. « Nous avions fait des promesses à nos populations, mais aujourd’hui, tous nos projets sont au point mort. La décentralisation devait être synonyme de changement concret. Que devons-nous dire à nos administrés ? »

Un risque pour le développement local ?

La réforme pourrait priver les communes d’une source essentielle de revenus, freinant ainsi leur capacité à financer des projets locaux. Nicolas Baba craint que cette décision ne ralentisse encore davantage le développement dans les zones les plus vulnérables. « Si nous ne pouvons plus gérer nos propres recettes, comment allons-nous financer les écoles, les centres de santé ou les routes ? », s’interroge-t-il.

L’État justifie cette mesure par la nécessité de lutter contre les irrégularités financières qui ont touché plusieurs communes ces dernières années, comme celles de Nkongsamba, où des cas de détournement de fonds et de mauvaise gestion ont été signalés. Cependant, les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel de cette réforme sur les finances locales et la réponse aux besoins des citoyens.

Dans un pays où plus de 360 communes sont concernées, cette centralisation des impôts locaux pourrait bien redéfinir l’équilibre entre pouvoir central et autonomie territoriale.