17 mai 2026

Le Reveil Noir

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Casamance : le cannabis, nouvelle menace des rebelles affaiblis

En Casamance, au sud du Sénégal, l’armée et la gendarmerie ont mené début mai une opération musclée contre les champs de cannabis. Soutenus par des chiens renifleurs, les militaires ont détruit des cultures illicites près de la frontière gambienne, un bastion historique du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Ce groupe, en lutte depuis décembre 1982 pour l’indépendance de la région, est aujourd’hui réduit à des forces résiduelles.

L’intervention s’est soldée par 14 arrestations, la saisie d’armes de guerre et six tonnes de cannabis, selon le colonel Cheikh Guèye, responsable des forces armées à Ziguinchor. Une prise majeure qui frappe au cœur des ressources financières des rebelles, souvent alimentées par le trafic de chanvre.

Un conflit en perte de vitesse

Plusieurs facteurs expliquent l’affaiblissement du MFDC. D’abord, une division interne profonde entre ses factions politiques et militaires, aggravée par un problème d’approvisionnement en armes. Ensuite, la coopération accrue entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau pour traquer les groupes armés a réduit leurs zones de repli.

Une source proche du dossier souligne aussi le vieillissement des combattants et la perte progressive du soutien des communautés locales. « Les habitants aspirent désormais à la paix », confie-t-elle. L’arrivée au pouvoir de figures politiques issues de Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également contribué à désamorcer les velléités indépendantistes.

Lors d’une visite à Ziguinchor en mars, ce dernier avait d’ailleurs rappelé que le MFDC n’avait « jamais contrôlé un seul village en 40 ans ». Un constat qui illustre l’échec militaire et politique de la rébellion.

Cannabis et économie parallèle : les nouveaux défis

Le trafic de cannabis reste le principal levier financier des rebelles. « Cette culture illicite leur permet de financer leurs activités », explique le colonel Guèye. Une opération menée début mai visait justement à détruire leur économie de guerre.

Cependant, la région frontalière avec la Guinée-Bissau, bien que plus calme depuis 2021, est toujours un foyer de tensions. Le Nord Sindian, près de la Gambie, concentre aujourd’hui l’essentiel des troubles. Son enclavement, sa forêt dense et son manque d’infrastructures en font un terrain propice aux activités illicites.

Certaines populations locales dépendent même du trafic. Un responsable administratif révèle que des habitants ont demandé aux imams s’il existait un fondement religieux autorisant la culture du cannabis.

Vers une paix encore fragile

Malgré des avancées, la paix en Casamance reste précaire. Trois ans après un accord conclu entre une faction rebelle et le gouvernement, les réfugiés commencent à rentrer chez eux. Mais des groupes armés refusent toujours de déposer les armes. Un autre accord, signé en février 2025 à Bissau avec une autre faction, peine à se concrétiser.

La société civile locale célèbre ces timides progrès, mais met en garde : « La pacification n’est pas encore totale ». Les défis économiques et sécuritaires persistent, et le cannabis continue de menacer la stabilité de la région.